Le Tigre est mort ce soir

Publié le 31 Juillet 2015

Le Tigre est mort ce soir

Il aurait fallu écrire ce billet quelques semaines plus tôt pour que le titre soit exact. Cher journal fauve, je te savais assoupi, car mon libraire, chez qui nous nous rencontrions, ne t’avait pas vu depuis janvier.

Cher Tigre de papier, j’avais fait ta connaissance il y a quelques années grâce au blog d’Éric Chevillard, qui y annonçait la parution d’un texte de sa plume. Car tu ouvrais tes colonnes aux écrivains, aux photographes et aux poètes, tout en gardant à distance publicité, dépêches AFP et autres fils Twitter qui gavent le lecteur en continu de petits granulés d’information plus ou moins bien prédigérée.

En 2011, cher Tigre, nous avons réussi avec mes deux coéquipiers à finir en moins d’un mois tes mots croisés diaboliques. J’ai failli t’écrire pour m’en vanter tant j’étais fière. Je le suis encore plus aujourd’hui car je ne suis pas venue à bout des grilles d’été des années suivantes.

Nombre de tes pages étaient farfelues et je ne les comprenais pas toutes. J’attendais toujours avec impatience tes pastiches de publicités, tes conjugaisons oulipiennes - Ah, ce verbe 99 Luftballer ! - et tes cartes de France aux jeux de mots réjouissants.

Tu savais aussi te faire sérieux. Les journalistes avaient chez toi la place de relater les détails d’une enquête minutieuse, prenaient le temps d’interroger les hommes et les femmes qui se cachent derrière les chiffres que nous assène chaque soir le journal télévisé, et aussi de quelques autres dont la télé ne parle jamais. C’est d’ailleurs ce qui m’a lancée sur tes traces aujourd’hui.

Le hasard des lectures avait rappelé à mon souvenir l’affaire de Tarnac. A part d’une grande confusion médiatique, je ne me rappelais de rien. Quel bonheur lorsque Wikipedia m’a appris que tu t’étais fendu d’une Tentative de réorganisation chronologique de l’affaire dite « de Tarnac » ! Peu de textes sur le sujet l’égalent en clarté et en documentation.

Oui mais. Juste , dans la marge, ces tristes mots datés de la fin juin : « La fin du Tigre ». Point final. Et les hommes, débiles, s’endorment, le Tigre est mort ce soir.

Cher grand félin, je te souhaite tel le phénix de renaître de tes cendres, que ce soit sous la forme d’un tigre, d’un gecko ou d’une chauve-souris. Fais signe à mon libraire, je promets de lui demander de tes nouvelles.

Rédigé par Algue

Publié dans #liberté, #littérature, #nostalgie, #tigre

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