Politique et apéros Facebook

Publié le 6 Septembre 2015

RepubliqueManifMigrants

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Hier, bien malgré moi, je crois que j'ai participé à mon premier apéro Facebook.

Depuis l'évacuation violente du camp de migrants de la Chapelle en juin dernier, j'étais, comme nombre de riverains, désireuse d'aider et un peu perdue sur la façon de m'y prendre. La mairie de Paris qui se targue de reloger les personnes évacuées semble chasser à coup de matraque plus de monde qu'elle n'en met à l'abri. Les militants des partis politiques sont sur tous les fronts : caserne de Château-Landon, jardin d'Éole, lycée Budé ... mais semblent parfois plus préoccupés par leur guéguerres internes que par les personnes qu'ils sont censés vouloir défendre. On a facilement l'impression que donner un coup de main bénévole, c'est soit une activité à plein temps, soit impossible. Ce qui est logique, car assurer le logement et la sécurité de centaines de personnes, c'est un métier à temps plein pour plusieurs personnes. Cela ne devrait pas être du ressort des riverains mais des autorités.

Bref, après avoir distribué à gauche et à droite vêtements, linge de toilette, thon, lentilles, savon et chèques, quand j'ai vu qu'un rassemblement était organisé place de la République samedi à 17h pour affirmer la solidarité du peuple français avec les migrants, je me suis dit que c'était peut-être une occasion de rencontrer d'autres bonnes volontés.

Sur Facebook, il y avait plein de participants. En pratique, c'était une autre histoire. Par exemple, j'ai réussi en moins de trente secondes à retrouver mes parents à la sortie du métro, alors que nous faisons tous moins d'un mètre soixante-dix. Autant dire que la foule n'était pas trop dense. Elle était aussi très très blanche, à part un petit groupe de supporters de Laurent Gbagbo qui se rassemblait au même moment. Il y avait des familles avec enfants, armées de pancartes sympathiques "ma grand-mère aussi est une immigrée", "mon papa est arrivé en France à la nage". Les partis politiques, eux, faisaient un peu pitié, avec leurs maigres troupes qui piétinaient autour de leurs drapeaux. Beaucoup de gens semblaient s'être donné rendez-vous là en attendant d'aller boire un verre ailleurs. Un flash-mob sur le thème des migrants leur convenait tout aussi bien qu'un flash-mob Moustache ou Nutella.

Seul moment d'animation : une contre-manif, constituée d'un petit cortège de gens dénonçant la récupération du mouvement par les organisateurs de la manif. Je comprends que pour les bénévoles qui agissent depuis des mois sur le terrain, et dont toutes les tentatives de manifester sont sévèrement réprimées, cela doit être difficile de constater qu'un vague événement Facebook anonyme obtient l'accord de la préfecture et le relais des médias, tous piteux d'avoir raté LA photo buzz du petit garçon syrien mort noyé.

Évidemment rien n'a émergé de cette foule passive. Pas de discours, d'initiative, d'élan collectif. Le slogan était "Not in my name". Je ne regrette pas d'avoir été comptabilisée parmi les rares Français qui s'opposent à la répression de l'immigration. Mais qu'on ne me vende plus le mythe de grands mouvements sociaux nés sur Facebook et Twitter. Ces plateformes peuvent relayer un message, aider pour sa logistique une communauté déjà existante, mais pas en créer une de toutes pièces. Entre un apéro Facebook et une révolution, il y a un odyssée de rencontres, de débats, de réflexions, d'engagement. Tout cela est donc à trouver ailleurs, tant pis !

Rédigé par Algue

Publié dans #politique, #peace&love, #migrants, #manif, #Facebook

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boris 08/09/2015 00:48

...ou tant mieux :)

Algue 08/09/2015 09:27

Certes, il vaut mieux voir le verre à moitié plein. Mais c'est tout de même dommage d'avoir décrédibilisé un message généreux. Et tant pis aussi pour mon samedi après-midi !