Eh bien la guerre !

Publié le 25 Novembre 2015

Eh bien la guerre !

Le drapeau français flotte partout à Boston. Au palais des congrès, des écrans affichent à l'unisson "Je suis Paris". Je suis à la fois touchée et gênée de ces chaleureuses démonstrations de soutien. Touchée par celles qui relèvent de l'amitié et de le compassion pour des collègues qui ont perdu un proche dans les attaques du 13 novembre, ou simplement été choquées. Gênée pour deux raisons.

D'abord, ici personne n'est Beyrouth, Tunis ou Bamako. Boston, une des villes les plus européennes des États-Unis, se sent plus proche des Français que d'autres peuples. Bien sûr l'émotion ne se contrôle pas, bien sûr il est naturel d'être plus affecté par une catastrophe qui touche un frère ou une sœur que celle qui frappe un inconnu. Mais les discours et soutiens officiels doivent-ils répondre à ce principe d'irrationalité ?

Ensuite, je me souviens de mon premier voyage aux États-Unis il y a dix ans. Un lundi matin tôt, j'étais seule à bord d'un vol New York-Chicago. Un homme est venu s'asseoir à côté de moi : "You're French, right ? Then we have to talk about Irak". Larry en voulait énormément à la France d'avoir refusé de suivre Bush dans sa campagne en Irak contre Saddam Hussein. Deux heures durant, il avait essayé de me convaincre du bien-fondé de sa guerre contre la terreur. A court d'arguments, il avait fini par invoquer la volonté divine et je l'avais renvoyé s'asseoir à sa place. A l'époque, l'Amérique n'était pas Charlie ni Paris. Que s'est-il passé depuis ? La politique étrangère de la France a changé. Maintenant, on se serre les coudes contre l'axe du mal.

Nous précédons maintenant les Américains dans la "guerre contre la terreur". Nous arrosons l'Afrique et le Moyen-Orient de bombes préventives en feignant de nous croire à l'abri des représailles. Nos bombardements, orchestré par l'État et mis en œuvre par l'armée, sont qualifiés pudiquement d'"interventions", tandis que les attentats perpétrés dans leur propre pays par des terroristes européens sont promus au rang de "guerre".

La rhétorique revancharde de l'Élysée est la même que celle de George W. Bush il y a dix ans, la stratégie de la riposte également. Ce que cette riposte apportera en termes de résultats contre le terrorisme ? Aucun, mais, vous comprenez, nous préparons les élections régionales, et il ne faudrait pas que la droite puisse nous accuser d'être mous face au terrorisme. Je suis écœurée de voir avec quel cynisme nos hommes politiques exploitent le chaos moyen-oriental - chaos qu'ils ont largement contribué à créer - dans le but de protéger leurs petits intérêts ainsi que ceux des industriels de l'armement qui, je suppose, financent grassement leurs campagnes.

Heureusement les États-Unis n'ont pas inventé que la famille Bush, ils ont aussi engendré les hippies et leurs slogans pleins de bon sens. Si on envoyait quelques messages fleuris à François Hollande pour lui dire qu'on n'y croit pas, nous, que pour résoudre le problème de la violence armée, il faut plus d'armes et plus de gens armés ? (parce que franchement, moi, quand j'ai entendu sur France Inter que les policiers auraient le droit de garder leur arme de service quand ils iraient boire un coup au bar avec leurs amis, j'ai cru à un putsch du Gorafi).

Relisez Les liaisons dangereuses, M. Hollande. La guerre, ça ne se gagne pas, même quand on est marquise de Merteuil. Tout le monde y perd, et c'est un expert militaire qui l'a démontré.

Rédigé par Algue

Publié dans #guerre, #terrorisme, #peace&love, #USA, #politique

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temps 14/01/2016 00:08

Bonjour,
Il est toujours réconfortant de ne pas se sentir seul en cas d'événements pareils
Cordialement

Algue 14/01/2016 08:40

Je suis d'accord ... c'est pour cela que je regrette tant qu'on nous ait interdit de nous rassembler juste après les attentats.