Assis, debout, dehors ! - épisode 1 : Stalingrad

Publié le 19 Avril 2016

Dimanche, j’ai enfin pris le temps d’aller faire un tour place de la République à la Nuit Debout.

Les cinq premières minute furent inconfortables. Il y avait beaucoup de journalistes, j’avais l’impression de devoir slalomer entre les caméras pour circuler. Plus grave, le niveau sonore des interviews m’empêchait d’entendre ce qui se passait dans les débats.

Un peu plus loin, je me suis retrouvée en terrain connu, entre le stand de la commission sur les banlieues et celui du soutien aux sans-papiers. La veille, ce dernier stand s’intitulait « soutien aux réfugiés de Stalingrad », et des visiteurs avaient exprimé leur incompréhension : « Stalingrad, c’est en Russie. Pourquoi ne vous occupez-vous pas d’un sujet local ? ». Stalingrad, c’est le nom d’une station de métro parisienne sous laquelle campent plusieurs centaines de personnes depuis des mois. La dame qui tenait le stand fait partie de la poignée de bénévoles qui tentent tant bien que mal de faire en sorte que ces personnes aient de quoi manger et se couvrir. Impossible de se mettre à l’abri même sous une tente, la police veille et a prévenu : « tout ce que vous amènerez sera détruit ». Il faut les prendre au sérieux : au cours des nombreuses évacuations des précédents campements (pont de La Chapelle, halle Pajol, Jardins d’Eole), les réfugiés ont été chassés en quelques minutes, sans avoir le temps de rassembler leurs affaires qui ont fini sous le Karcher des autorités.

 

Campement de La Chapelle, Paris XVIII°, en 2015 (photo La Croix)

Campement de La Chapelle, Paris XVIII°, en 2015 (photo La Croix)

Plus grave : à quelques mètres du camp actuel, toujours au métro Stalingrad, un précédent site a été occupé, évacué puis grillagé … avant même d’être nettoyé. Cartons et matelas mouillés finissent donc de pourrir à la vue de tous. Une riveraine scandalisée m’a confié « Tout de même, quand on se donne les moyens de construire des grillages, on doit avoir celui de passer un coup de jet d’eau sur le trottoir ! Tout ceci me donne l’impression d’être organisé pour que les voisins se fatiguent de venir en aide aux migrants, pour donner la saleté en spectacle et qu’on les en tienne pour responsables. C’est lamentable ! ». Le bras de fer dure depuis près d’un an entre la Mairie de Paris, qui voudrait chasser les migrants comme des rats, et les habitants qui exigent qu’on propose à ces gens des conditions d’accueil dignes, et qui, en attendant, offrent ce qu’ils peuvent : thé, gâteaux, musique, brosses à dents et surtout compagnie aux exilés.

Bref, pour nous, habitants de Paris Nord, Stalingrad, c’est ici et maintenant, et c’est si choquant qu’on se demande bien comment le reste de la France, et a fortiori des Parisiens, peut ignorer ce qui se passe sous notre métro.

Que faire ? Tout seul, on ne peut pas accueillir 300 personnes chez soi. Mais on peut dire à nos politiciens qu’on refuse leurs manoeuvres débiles de repli sur soi. On peut soutenir (en espèces sonnantes et trébuchantes, avec nos petits bras, notre voiture ou notre matière grise) les associations qui viennent en aide aux migrants (par exemple le BAAM à Paris et Salam à Calais). Si vous avez d’autres idées, je suis preneuse.

Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love, #politique, #migrants, #Nuit Debout

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