Pour votre sécurité

Publié le 5 Juin 2016

Policiers vus du jardin Villemin
Policiers vus du jardin Villemin

Hier, voitures et motos de la police fonçaient à toute allure à travers le X° arrondissement de Paris. Dans la queue du supermarché, les voisins y allaient de leurs suppositions "Il y a une manifestation dans le coin ? Non, mais il paraît qu'ils vont évacuer Nuit Debout ce soir". Après le passage à la caisse, on voyait des gyrophares dans toutes les directions. Curieuse, je me suis dirigée vers la place de la République pour voir si la rumeur disait vrai.

Impossible d'accéder à la place : plusieurs barrages de policiers bloquaient le quai de Valmy. "Pour nous protéger des débordements d'une manifestation anti-fasciste" (ou pour nous dissuader de rejoindre la suivante, qui partait de République à ce moment-là et à laquelle ils n'ont pas fait référence ?). Les grilles du jardin Villemin (le seul parc du X° arrondissement) étant fermées, j'ai demandé si l'accès au parc était interdite. En soupirant, un policier m'a dit que si j'étais très motivée, je pouvais faire le tour du pâté de maison et entrer par l'autre côté. Une fois dans le jardin, une employée municipale a à nouveau essayé de m'empêcher d'approcher du quai en faisant mine de m'aider à trouver la sortie. Une fois aux premières loges pour assister à la manifestation, quelle déception ! Trente manifestants tout au plus face à une vingtaine de CRS surarmés. Cela valait-il la peine de bloquer tout le quartier ? Je reconnais qu'il y a eu des dégradations : de nouveaux tags sont apparus sur les immeubles du quai de Valmy, et des vitres étaient étoilées. Mais les gens que j'ai vus face à la police étaient pacifiques.

Ce matin, une dizaine de cars de CRS étaient stationnés en bas de chez moi. A 18h, comme ils n'avaient toujours pas bougé, j'ai demandé ce qu'il se passait. "Rien du tout. Ne vous inquiétez pas. Nous faisons de la sécurisation". Savent-ils combien de temps il vont rester ? "Aucune idée". Soit ils sont vraiment mal organisés, soit ils se payent ma tête.

Et puis si, mesdames et messieurs les policiers, que cela vous plaise ou non, je m'inquiète. Parce j'en ai fréquenté, des endroits que vous qualifiez de dangereux, la nuit comme le jour. Pourtant, la seule fois où j'ai été victime d'une agression cette année, c'était de la part d'un collègue à vous. Alors que j'étais debout, immobile, silencieuse, à une distance respectueuse de vous, et que personne autour de moi ne vous menaçait. Je suis inquiète de voir les rues de ma ville se remplir de gaz lacrymogène de façon préventive, "pour ma sécurité". Je suis fâchée que l'on m'ordonne de circuler, parce que la rue est à tout le monde, et à moi aussi. Je suis inquiète de voir que l'on manipule les faits pour présenter toute possibilité de contestation comme une source de violence, un acte criminel et risqué dont tout honnête citoyen s'abstiendrait.

Cela commence comme ça. On nous prévient gentiment que la rue est dangereuse et que nous ferions mieux de rentrer chez vous. Comme cela, si nous prenons un jour une balle perdue, ce sera notre faute. C'est toujours tellement plus facile de condamner les victimes !

Et bien je ne suis pas d'accord. Je refuse que l'on m'enferme chez moi. Ce n'est pas plus acceptable au nom de la sécurité qu'au nom de quelque religion que ce soit. Mesdames et messieurs les policiers, que cela vous plaise ou non, je reviendrai vous poser des questions et vous demander des comptes.

Rédigé par Algue

Publié dans #politique, #police, #Nuit Debout, #peace&love, #manif, #liberté, #absurde

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