La fabrique des ingénieurs

Publié le 3 Juillet 2016

Titanic, une merveillause machine du théâtre cinématique Sharmanka à Glasgow

Il y a une dizaine d’années déjà, j’obtenais mon diplôme d’ingénieur. Mes anciens camarades travaillent dans de nombreux domaines : parmi ceux qui n’ont pas vendu leur âme au diable ne travaillent pas dans une banque, certains produisent ou réparent des centrales nucléaires, d’autres des voitures, d’autres encore des vitres ou des fours industriels. Moi, devenue enseignant-chercheur, je fabrique des ingénieurs.

Le cahier des charges est compliqué. Les entreprises veulent des compétences hyper-pointues dans des domaines qui sont à la mode aujourd’hui (ou à la rigueur demain, mais plutôt tôt le matin), et qui sauront leur faire gagner plein d’argent. Nos étudiants veulent un diplôme reconnu le plus largement possible, qui leur ouvrira un maximum de portes tout au long de leur carrière. L’État qui nous finance veut (enfin je crois, enfin j’espère, peut-être que je projette un peu) que ces diplômés contribuent à un monde meilleur.

Comme je suis un peu hippie, le dernier point me tient à cœur. En plus, je suis convaincue que les approches court-termistes ne sont pas les plus payantes pour les entreprises.

Ce semestre, dans le cadre d’un cours, trois de mes étudiantes devaient rencontrer un industriel pour l’interroger sur un produit de son entreprise. Un des points faibles de ce produit est la durée de vie de sa batterie. Question logique de mes étudiantes « Alors, votre entreprise fait-elle de la R&D pour allonger la durée de vie des batteries ? ». Réponse consternante de l’ingénieur « Surtout pas ! Quand la batterie est morte, nous changeons le dispositif complet. Les professionnels qui les installent sont eux aussi très satisfaits de pouvoir intervenir régulièrement. » (Qu’on me dise après que l’obsolescence programmée n’existe pas …) « Qui est cette personne ? » me suis-je emportée. Et bien, c’est un ancien élève. Je ne suis pas bien fière de moi.

Pourtant, nous essayons de faire réfléchir nos ingénieurs au-delà de leur nez (collé sur un tableau Excel). Ils suivent des cours d’éthique, de sociologie, de civilisation … Visiblement, malgré tout, certains planent encore.

Je me console en lisant le Manifeste de l’ingénieur critique. En me demandant si j’ai un espoir de faire rentrer ces principes dans le crâne de mes étudiants, et si ce sera plus ou moins facile que la théorie des poutres ou les équations de la mécanique des fluides. Bah, le cahier des charges n’en était pas à une ligne près …

Rédigé par Algue

Publié dans #ingénieur, #éducation

Repost 0
Commenter cet article