Dans ma bulle

Publié le 11 Novembre 2016

Dans mes bulles

Sur les quelques centaines « d’amis » de mon compte Facebook, je crois qu’il n’y a pas un seul sympathisant du Front National. Je ne m’en vante pas, bien au contraire, et cela n’a pas toujours été le cas. Le 25 mai 2014, écoeurée suite à l’annonce des résultats des élections européennes, j’ai écrit sur mon mur que j’étais déçue, fière d’être européenne et honteuse de mon pays. Ce n’était pas très inspiré, mais pas injurieux pour autant. Plusieurs personnes m’ont retirée ce soir-là de leur liste d’amis. J’en déduis qu’ils ne partageaient pas ma déception. Depuis, la bulle que constitue le milieu socio-culturel dans lequel j’évolue se prolonge sans accroc sur Internet. Des réseaux comme Facebook auraient pu permettre de l’élargir. Mais qui le veut vraiment ? Certainement pas Facebook, qui veut me proposer des contenus proches de mes goûts pour être sûr que je vais cliquer dessus. Et sans doute pas mes ex-amis non plus. Et moi, ne suis-je pas contente quand je poste un billet d’humeur et que mes amis cliquent sur « j’aime » (ce qui arrive le plus souvent avec les amis ayant le même âge et le même niveau d’études que moi) ?

Dans ma bulle, il y a de nombreux trentenaires bobos vivant dans des grandes villes. Sans me vanter, je crois connaître au moins 1% des électeurs parisiens ayant voté Eva Joly aux présidentielles de 2012. Pas parce que je suis hyper populaire, mais parce que son score n’était vraiment pas très élevé.

Dans ma bulle, il y a plein de gens surdiplômés, surmotivés, dont beaucoup d’idéalistes. Je trouve que mes amis sont des gens bien, sinon je ne les appellerais pas mes amis. Mais parfois mes amis me font flipper. Après le Brexit ou l’élection de Trump par exemple, beaucoup ont publiquement exprimé leur souhait que le scrutin soit annulé. La démocratie, mes chers amis, consiste à accepter et respecter le choix du peuple. Même quand il n’est pas d’accord avec vous.

Dans ma bulle, on ressent les effets de la crise : on n’a plus les moyens de travailler correctement. Il y a trop d’élèves dans les classes, pas assez de lits dans les hôpitaux, plus de subventions pour les associations. Mais en moyenne, on vit dans le confort et la sécurité. A choisir entre une augmentation de salaire et une rallonge budgétaire pour nos projets professionnels, la plupart d’entre nous choisirait la deuxième option.

Dans ma bulle, personne n’est surendetté. Nous n’allons peut-être pas chez le dentiste aussi souvent qu’il faudrait, mais c’est par manque de temps et pas d’argent. Nous sous-louons des appartements que nous trouvons trop petits, mais nous avons un toit sur la tête. Parfois, nous nous retrouvons au chômage et dans ce cas-là, nous rentrons chez papa-maman la queue entre les jambes. Nous oublions que la plupart des gens n’ont pas cela.

Dans ma bulle, on lit et on voyage. Ce sont deux façons de prendre du recul sur son quotidien. En particulier, de se rendre compte qu’il y a pire ailleurs, quel que soit le degré d’insatisfaction que l’on éprouve ici. Voyager, on comprend bien que ce n’est à la portée que de ceux qui disposent à la fois de congés et d’une bourse bien garnie. Mais lire ? Tout le monde peut lire, me direz-vous ! Tout le monde pourrait lire. Mais tout le monde ne lit pas. Là, vous êtes peut-être en train de vous indigner en me lisant, de vous dire « voilà qu’elle nous fait le coup de l’opposition entre l’élite et la populace illettrée ». Pas du tout. Il y a des lecteurs dans tous les milieux sociaux. Et des non-lecteurs aussi. Ce qui est sûr, c’est que la lecture demande un apprentissage. Et pour ceux qui grandissent dans un milieu sans livre, un accompagnement est nécessaire.

Dans ma bulle comme en dehors, quand on parle de politique, tout le monde est un peu désabusé. Il y a une élection présidentielle l’année prochaine, et on a d’ores et déjà envie d’aller voter blanc aux deux tours. J’aimerais croire que c’est parce que les programmes sont tous les mêmes, ne répondent pas aux questions que nous nous posons … Mais non. Ce qui revient le plus souvent, c’est le dégoût pour les candidats. Même parmi mes amis, raisonnables et éduqués, ayant bien mieux que moi les souvenirs de leurs cours d’histoire en tête, la priorité semble être la quête d’un homme providentiel qui résoudra tous les problèmes. D’un seul geste d’un seul, mesdames et messieurs. Comment ensuite osons-nous donner des leçons à ceux qui votent pour des candidats qui prétendent incarner cet homme providentiel ?

Dans ma bulle il y a des valeurs, des références littéraires et musicales, des souvenirs et des rêves. Ma bulle est le produit de mon histoire, de mes choix et des accidents de parcours. Souvent je m’y sens bien. Parfois je me sens coupable, ou enfermée. Je regrette d’avoir si peu l’occasion de partager ma bulle avec ceux qui ont moins, ceux qui sont loin, ceux qui voient les choses autrement.

Pourquoi je raconte tout ça aujourd'hui ? Parce que dans ma bulle, tout le monde ne semble pas réaliser que le personnel politique mondial vit dans une bulle, pas loin de la nôtre. Bien plus proche de la nôtre en tous cas que de celle du Français moyen. Et que ces bulles sont devenues bien trop étanches. C'est cela que nous disent les résultats des dernières élections. Mais que sommes-nous vraiment prêts à faire ?

Rédigé par Algue

Publié dans #politique, #peace&love, #éducation, #liberté

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