"Bonjour, je suis la nouvelle"

Publié le 18 Novembre 2009

« Göttingen, par rapport à Paris, quand même, ça va te faire du changement … » Avant mon départ, la phrase a été le plus souvent prononcée dans un soupir, avec ce petit air de pour-rien-au-monde-je-ne-voudrais-être-à-ta-place qui accompagne aussi les « Ah, tu fais de la recherche … J’aurais aimé, moi aussi, avoir le courage de préférer au confort matériel la noblesse de la quête du savoir … »


Il y a pourtant bien des avantages à traverser le Rhin. Écoutez donc le récit de ma première journée de travail.


Mon chef, qui habite Berlin, arrive tard le lundi et m’en avait prévenue ; je n’ai donc pas eu à l’attendre pendant des heures. Il m’amène tout de suite à mon bureau, où m’attend un ordinateur tout propre, avec, comble de l’attention, un clavier français.


Nous allons ensuite voir la secrétaire. Sur son bureau, mon contrat est prêt, je n’ai plus qu’à accepter. Elle me donne ensuite un plan de l’institut, une feuille qu’elle signe et me fait un grand sourire : « Voici le début du parcours du combattant ». Elle m’explique que je dois rencontrer les vingt personnes qui sont sur la liste pour me présenter, me conseille d’aller voir d’abord la responsable des badges, puis celle des clés, puis le responsable informatique …


Je m’imagine immédiatement affrontant une à une les secrétaires-dragons de mon université d’origine, qui considèrent toute personne franchissant le seuil de leur bureau comme un envahisseur - il y a heureusement des exceptions à cette règle, au moins deux ! Je prends pourtant mon courage à deux mains, frappe à la première porte et annonce, comme on m’a dit de le faire « Bonjour, je suis la nouvelle ». Et là, miracle, tous ceux à qui j’ai affaire me parlent comme à un être humain. Les uns me racontent qu’ils ont passé les vacances en France, d’autres se réjouissent de voir une fille dans un labo de physique (c’est encore plus rare en Allemagne qu’en France j’ai l’impression), ou une Française qui parle l’allemand … Très vite, je sais qui contacter si j’ai un problème de sécurité sociale, ou si je dois monter toute seule une bouteille de gaz en salle de manips, ou si je veux téléphoner en France pour pas cher.


Peut-être tout cela vous paraît-il normal, et en écrivant ces lignes je mesure à quel point ce que j’écris ressemble au fonctionnement idéal de n’importe quel lieu de travail, mais faute de moyens, de place et parfois malheureusement de bonne volonté, ça ne s’est jamais passé comme ça quand j’ai travaillé ou effectué des stages en France.


Les esprits chagrins diront que tout cela n’est vrai que dans la bulle hyperprotégée que constitue la société Max-Planck. Les employés de la mairie et de la banque s’étant eux aussi montrés charmants et coopératifs, je crois plutôt que les Allemands savent bien mieux que nous se comporter en collectivité. Et ça, par rapport à l’agressivité parisienne, ça fait un changement !

Rédigé par Algue

Publié dans #recherche

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