Coeurs, dons et rebonds

Publié le 15 Février 2014

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C'était il y a quatre ans déjà, à Berlin, près de Ostbahnhof, pour un week-end de retrouvailles entre trois amies de lycée. Réfugiées dans un café pour nous abriter du blizzard, nous en avons profité pour envoyer une carte postale à notre ancienne prof d'allemand. Nous venions d'apprendre qu'elle était malade. Une leucémie. Une carte postale n'est pas grand-chose, et nous avons demandé ce qu'on pourrait faire pour elle. La réponse nous parvint quelques semaines plus tard, par ami d'amis interposé. "C'est très simple. Inscrivez-vous au registre des donneurs de moëlle". C'est très simple en effet, et tout est expliqué ici.

 

Notre professeur n'a pas vécu assez longtemps pour savoir que j'ai suivi son conseil. Je ne l'ai évidememment pas sauvée. Depuis, je n'ai été ni prélevée ni greffée. Et pourtant ma vie a changé. Il y a trois ans, alors que je cherchais du travail, j'ai passé un entretien avec une biologiste pour un projet de recherche avec des applications médicales. Elle m'a appris qu'à la maternité, les mères pouvaient faire don de leur sang de cordon ombilical, riche en cellules souches. Sans ces volontaires, une grande partie de ses recherches serait impossible. Nous en sommes ainsi venues à parler du don et je suis convaincue que je dois en partie mon embauche à mon statut de donneuse de moëlle. Aujourd'hui, grâce à cette expérience, j'ai obtenu un poste dans un laboratoire de biotechnologie et prépare en ce moment un cours sur les organes articificels, pour lequel je me renseigne aussi sur les greffes.

 

En général, quand on dit greffe, on pense au don post-mortem. Actuellement, près d'un prélèvement post-mortem possible sur 3 est refusé par la famille, au motif qu'elle ne sait pas si le défunt y aurait consenti. Que vous soyez ou non porteur d'une carte de donneur, votre entourage sera consulté par l'équipe médicale. Le plus simple est donc de leur confier votre position vis-à-vis du don d'organes. Et de leur demander la leur. Vous trouvez que le sujet n'est pas glamour et ne voyez pas comment l'aborder, à Noël ou à la Saint-Valentin ? Lisez donc l'excellent Réparer les vivants de Maïlys de Kerangal, parlez-en, laissez-le traîner sur la table du salon, prêtez-le, cela viendra tout seul.

 

Mais on peut aussi donner de son vivant. Son sang, sa moëlle ou son cordon comme je l'ai déjà dit. Mais aussi un rein, à un proche qui souffre d'insuffisance rénale. Car dans ce cas, les règles du jeu sont radicalement différentes : loin d'être anonyme, le donneur est un proche du receveur. Le prélèvement et la transplantation sont réalisées dans le même hôpital, de façon planifiée et synchronisée. Les résultats sont bien meilleurs qu'avec des greffons prélevés post-mortem sur un donneur inconnu. Et si comme moi vous avez la trentaine, vous avez forcément un ou deux couples d'amis qui tentent d'avoir un enfant. Penser à eux vous motivera peut-être à donner spermatozoïdes ou ovocytes. En France, ces dons restent anonymes et gratuits, histoire d'éviter l'effet Starbuck:

 

 

Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love

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