De la bêtise (et) des classements internationaux

Publié le 4 Mars 2011

Lu aujourd’hui sur le site du Monde que l’école des Mines publie l’édition annuelle de son classement des établissements d’enseignement supérieur. N’ayant pas lu les précédents, je me rends docilement sur cette page.

Sur la forme d'abord, c’est frustrant. L’introduction est pour le moins brève, mais pourquoi pas ? Viennent ensuite les détails de la méthodologie, puis un long tableau : le classement en lui-même. Aucune interprétation des résultats. Bref, un tapis rouge pour les interprétations abusives ...

Sur le fond, ensuite, j’ai la surprise de découvrir, à un classement plutôt infamant à première vue (349/500), l’Institut Max Planck. Pour ceux qui auraient eu la flemme de lire mes toutes premières notes ici, il s’agit de l’équivalent allemand de notre CNRS, c’est-à-dire d’un institut de recherche et non d’un établissement d’enseignement supérieur. Vraie déception : on pourrait attendre des Mines qu’elles connaissent un tout petit peu mieux les acteurs européens de l’enseignement et de la recherche.

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous quelques extraits de la FAQ, un grand moment de confusion intellectuelle et de mauvaise foi.

Q - Comment justifiez-vous le recours à un seul critère ?


R - Un seul critère pour évaluer la qualité des formations d'enseignement supérieur peut apparaître très limitatif. Mais comme précisé au 1er paragraphe, c'est le seul qui respecte le caractère vérifiable et reproductible que nous avons souhaité pour ce classement. Tout le monde peut en effet refaire cette étude avec ce même critère, le résultat ne changera pas.


Une expérience pertinente se doit d’être faisable et reproductible, certes. De là à affirmer qu’une expérience est la meilleure parce qu’elle est faisable et indépendante de l’expérimentateur, il y a une faute de logique que la plupart d’entre nous n’auraient osé commettre ...


Q - La qualité d'une formation ne dépend-elle que du nombre de CEO formés ?

 

R - La qualité d'une formation comporte, bien entendu, de multiples aspects. Il existe d'excellents établissements qui n'ont pas ou très peu formé de CEO d'entreprises du Fortune Global 500 (l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm pour ne citer qu'elle).

 

Ca, c’est de la référence internationale ...

 

Q - Dans le cas de la France, ce classement ne fait que souligner le fait que les dirigeants sont presque tous passés par les mêmes filières (Sciences Po - ENA ou X - Mines ou HEC) ; il est normal alors d'être bien classé par rapport aux systèmes nord-américain ou allemand dans lesquels les parcours sont plus variés

 

R - Il se trouve que dans le système français, les classes préparatoires aux Grandes ecoles (scientifiques ou commerciales) ne délivrent pas de diplôme ; notre classement ne peut donc pas faire apparaître la variété des lycées fréquentés par les dirigeants pendant leurs 2 ou 3 premières années d'études supérieures.

Ah oui, c’est regrettable, on ne parle pas de Louis-le-Grand qui apporte pourtant une contribution inestimable à la formation des managers à l’échelle mondiale !


Q - MINES ParisTech a fabriqué un critère lui permettant d'être bien classée

 

R - MINES ParisTech a fait une étude, à l'origine destinée à voir dans quelle mesure il était possible de faire évoluer le classement de Shanghaï vers quelque chose prenant un peu mieux en compte la mission de formation des établissements d'enseignement supérieur.
A cette occasion, il nous a semblé utile de mettre en avant les bons résultats des établissements français, à un moment où l'on parlait (et parle toujours) beaucoup de Shanghaï, et pas toujours en bien de nos Ecoles et Universités.
Ces résultats constituent en outre un réel outil de communication à l'international, tant pour le recrutement d'étudiants étrangers, qu'auprès des entreprises étrangères qui ne connaissent pas toujours très bien notre système de formation.

 

C’est moi ou les deux derniers paragraphes contiennent l’aveu que ce document découle d’une mission de propagande pour la France, ses grandes écoles et en particulier celle des Mines ? Et puis, personnellement, je ne suis pas très fière de dévoiler au monde entier qu’une des voies royales pour diriger une entreprise en France, c’est d’être passé par une école d’administration publique.

Il y a de quoi se coucher désespéré ce soir. Je n’aime pas beaucoup les classements en général, mais celui-ci a le talent de comparer encore plus que les autres les pommes aux tomates (en regrettant que les données sur moutons n’étaient pas accessibles partout).

Il a à mon sens le défaut terrible de se faire passer pour une étude scientifique, parce qu’il présente des données quantitatives. Or ce n’est pas le cas car ce rapport ne répond à aucune question, mise à part celle que le Monde a reprise : «où sont formés les dirigeants des 500 plus grandes entreprises mondiales ?» - question que je trouve pour ma part d’un intérêt limité. Il ne s’agit pas non plus d’une évaluation en bonne et due forme. La seule conclusion qui me vient à l’esprit, c’est que décidément, il n’est jamais bon d’être juge et partie et que lorsqu’une école (qui par ailleurs dispose des moyens et des compétences nécessaires pour effectuer une recherche de qualité) décide de juger les autres écoles, le résultat ne peut être que partial, voire médiocre.

Rédigé par Algue

Publié dans #éducation

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