Des jaunes, des rouges et des pas mûres

Publié le 30 Mai 2013

Pourquoi les Européennes ont-elles si peu d'enfants ? La question est posée dans le dossier du mois de mai de la Jaune et la Rouge, la revue des anciens élèves de l'École Polytechnique. Les auteurs y sont généralement des anciens de l'école ou des experts invités. Catherine Rouvier, qui traite la question, n'est ni l'une ni l'autre et les propos qu'elle tient n'ont rien de scientifique. Pour apaiser la polémique naissante, l'accès à son article en ligne a été bloqué, mais on peut avoir une idée des thèses défendues en lisant le texte de son intervention à une conférence sur le même sujet : la maternité dévalorisée.

 

Marine

 

L'image de la femme a changé, son rôle dans la société aussi. Jusque-là, je suis d'accord. Mais pourquoi, ô pourquoi, faudrait-il à tout prix revenir en arrière ? Parce que des enfants sont malheureux de voir leur mère leur préférer son travail ? J'ai 30 ans et mes amis ont tous été élevés par des mères qui travaillaient. Au prix de sacrifices certains et grâce à une organisation solide, elles ont concilié un emploi et leur famille. Mais parmi leurs maris, combien se sont noyés dans le travail ? Combien étaient si absents la semaine qu'ils ne savaient pas quoi dire à leurs enfants le week-end ? Combien ont fait subir à leurs enfants scolarisés le poids de la pression qu'ils ramenaient du bureau ? Autour de moi, c'est surtout l'absence du père qui a fait souffrir.

 

Comme l'affirme avec efficacité la présidente du conseil d'administration de Polytechnique, Marion Guillou, les femmes peuvent mener de front une carrière ambitieuse et vie de famille. Cela reste difficile car les normes du monde du travail sont encore dictées par un modèle masculin archaïque. Mais si l'identité féminine a su évoluer si vite, pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'identité masculine ? En faisant évoluer les modes de travail et de pensée, nous pouvons proposer une diversité de façons de s'investir dans la vie professionnelle tout en garantissant à chacun, homme ou femme, la liberté de consacrer du temps à sa vie privée.

 

Et la vie privée, d'ailleurs, pourquoi se limiterait-elle à la naissance et l'éducation des enfants ? Pourquoi ce sentiment impérieux qu'il est nécessaire de générer la descendance la plus large possible, quand il y a sur Terre plus d'être humains que nous pouvons en nourrir ? Donner la vie est un acte magnifique. Quand on a les moyens d'accompagner dignement dans cette vie l'enfant que l'on met au monde. Pas s'il a deux chances sur trois de crever de faim.

 

Si je me félicite des réactions qu'a suscitées ce pamphlet, je ne peux m'empêcher de me demander combien d'anciens ont été choqués. Rue89 reproche au coordinateur du dossier de n'avoir pas convoqué d'expert de gauche sur ce dossier, mais Polytechnique n'est pas de gauche. A l'époque où j'y étudiais, nombre d'élèves tenaient des propos aussi absurdes et rétrogrades que Mme Rouvier.

 

Au fond, ce qui contrarie l'association des anciens élèves et qui a entraîné le retrait de l'article, c'est la proximité de Mme Rouvier avec le Front National. C'est embarrassant de s'afficher avec ces gens-là. Mais cela correspond à une certaine réalité de l'école, où je crains que dans les débats récents sur le mariage pour tous il y ait eu plus de partisans de l'abbé Grosjean que de Thierry Peltier (voici pour ceux qui l'auraient ratée la lettre envoyée par le second au premier, un des seuls textes intelligents que j'ai pu lire sur le sujet). Pour une école qui compte des milliers d'étudiants et des dizaines de milliers d'anciens, comment définir une position commune ? Doit-on rester politiquement correct ou peut-on montrer le vrai visage d'une partie de la communauté, quitte à choquer les plus modérés ? La Jaune et la Rouge confie de temps en temps sa plume à mon ami François Gaudel, qui doit passer à Palaiseau pour un épouvantable communiste. Pourquoi interdire au journal de se livrer sur sa droite aux mêmes écarts qu'elle fait sur sa gauche ? Peut-être faudrait-il simplement que dans ces occasions-là, elle attache une importance toute particulière à la légitimité de l'auteur et à la qualité des textes fournis. Pour que ceux-ci soient, à l'image des articles de François, des témoignages constructifs et non de la propagande hystérique.

Rédigé par Algue

Publié dans #féminisme

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