Éduquer à l'égalité : à la maison ou à l'école ?

Publié le 13 Février 2014

Les parents sont nombreux, en ce moment, à râler que l'Éducation Nationale en fait trop quand elle se mêle de promouvoir l'égalité hommes - femmes. C'est du ressort de la famille, disent-ils. A part les forcenés de la Manif pour Tous qui tiennent à leurs stéréotypes (j'ai cru que c'était une blague la première fois que j'ai vu leurs banderoles, mais la réalité va au-delà de la caricature), les parents dont j'ai lu des interviews se présentaient comme favorables à l'égalité hommes - femmes, préoccupés tout autant de l'épanouissement de leurs filles que de celui de leurs fils. Tout est donc bien dans le meilleur des mondes possibles,

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et l'école ne fait rien qu'à les embêter.

 

Mais peut-on réellement faire confiance aux parents ? Dans cet article du New York Times, l'économiste Seth Stephens-Davidowitz s'est intéressé aux requêtes Google envoyées par les parents. La question "Mon fils est-il surdoué?" est posée deux fois et demie plus souvent que "Ma fille est-elle surdouée?". Et pourtant, chez les jeunes enfants, le développement intellectuel des filles est plus précoce et leurs résultats scolaires bien meilleurs. En revanche, les parents se soucient bien plus du poids de leurs filles que de celui de leurs fils - alors que le surpoids, aux États-Unis, frappe plus les garçons que les filles. Je me demandais ce qu'il est était en France, alors j'ai tapé "garçon surdoué" dans Google (15 700 résultats), puis "fille surdouée" (4 580 résultats, plus de trois fois moins). Les Américains s'en sortent un micro-chouïa mieux que nous dans cet exercice, peut-être grâce à l'exemple de Lisa Simpson.

 

Une de mes meilleures amies vient d'avoir une petite fille, et j'ai donc passé un peu de temps à chercher des cadeaux de naissance. On trouve, par exemple, des T-shirts personnalisés. Sur un site au hasard, j'ai trouvé sur les modèles pour filles :

  • des coeurs
  • des fleurs
  • des animaux mignons (papillons, coccinelles)

Pour les garçons

  • des animaux beaucoup plus variés
  • des voitures
  • des bateaux
  • une guitare électrique
  • un ballon de foot
  • des étoiles

Quand il y avait des messages, ils étaient aussi de nature assez différente: "Milk please!" sur un modèle garçon "I'm Daddy's sweetheart" sur un modèle fille. J'ai fini par acheter un pantalon et un T-shirt bleus, unis, et faire la déco moi-même. Mon amie m'a remerciée. "Si tu savais tout ce qu'on m'a offert de rose avec Hello Kitty dessus ..." Bref, même chez les copines féministes, les bébés ne baignent pas dans l'égalité dès le plus jeune âge.

 

Alors oui, je pense qu'en dehors du cadre familial, l'école peut faire un petit geste pour rééquilibrer tout ça. Il y en a clairement besoin. Mais il y a besoin de beaucoup d'autres choses dont on ne parle pas. Et parmi tous les témoignages de parents déçus que j'ai lus, il y en a un qui m'a touchée particulièrement. "L’Education nationale a décidé de mettre en priorité la promotion de l’égalité hommes-femmes et la lutte contre les discriminations, qui sont un faux problème. Les discriminations sont sociales, et pas de genre. On n’a pas les mêmes chances quand on est issu de milieux défavorisés." Que lui répondre ? La vérité, à savoir que ce chantier-là, on ne l'a pas commencé parce qu'on ne sait pas quoi faire ? Parce que les réseaux féministes sont mieux organisés que les réseaux de pauvres ? Je me dis toujours que quand on a des clés pour résoudre un petit problème à petite échelle, il faut le faire, et que peut-être ça nous inspirera pour faire face aux défis plus importants. Alors, oui à la promotion de l'égalité hommes - femmes à l'école, à condition que ce soit un tremplin vers l'égalité tout court.

Rédigé par Algue

Publié dans #féminisme

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