Égalité hommes/femmes dans la recherche

Publié le 14 Janvier 2010

Hier il s'est passé quelque chose d'étrange : l'espace d'un instant, on aurait pu croire qu'il y a plein de femmes au Max Planck Institut. Que s'est-il passé ? C'était la Gleichstellungsfeier (fête de l'égalité hommes/femmes), pour fêter la nouvelle année et le nouveau site web de l'égalité des chances à l'Institut. Tout le monde était invité, mais les femmes sont toutes venues et arrivées à l'heure, tandis que quelques hommes seulement ont fait le déplacement.

Le but était de nous présenter les deux chargées de projet (celles chez qui on peut aller parler de problèmes de discrimination, de garde d'enfants ou de harcèlement) et surtout de lancer le débat entre hommes et femmes présents dans l'assistance. Elles avaient apporté quelques documents, dont un article édifiant publié Nepotismdans Nature (22 mai 1997), dont est extrait la figure ci-contre. Les auteurs se sont intéressés à un comité d'attribution de bourses post-doctorales. Ce comité doit évaluer les dossiers de jeunes chercheurs et les trier, ce pour quoi, très logiquement, il leur attribue une note dépendant de la qualité de leurs travaux (c'est-à-dire, même si la méthode est discutable, du nombre de leurs publications). Tout irait bien si la même relation nombre d'articles - note était attribuée aux candidats des deux sexes ... or à dossier égal les femmes sont moins bien notées. Les auteurs suggéraient donc que l'évaluation des dossiers se fasse de façon anonyme.

Égalité, état des lieux

L'article dont je parle a 13 ans et on peut espérer que les choses ont changé de ce côté-là. De là à parler d'égalité ... Dans mon département, il n'y a aucune femme parmi les chefs de groupe (ni non plus à des niveaux hiérarchiques plus élevés). Nous sommes trois post-doctorantes et quatre doctorantes. Aucune Allemande parmi nous, et nous avons toutes l'intention de regagner nos pays d'origine. Il ne faut donc pas compter sur nous pour venir combler le manque de chercheuses ici. Ailleurs, c'est peut-être moins caricatural mais je crois que dans tous les pays, plus on monte dans la hiérarchie, plus la proportion de femmes diminue. Parce qu'elles sont discriminées ? Sûrement un peu, mais surtout parce que beaucoup d'entre elles ne se portent pas candidates au passage à l'étape supérieure.

Pourquoi renoncer ?

On arrive enfin dans le vif du sujet et la question-clé est, sans suprise : comment concilier une carrière de recherche et des enfants ? Quand on sait qu'on n'a aucune chance de trouver un poste directement après la thèse et qu'il faut compter 2 à 5 ans de post-doc pour y arriver ? Le risque est grand de se retrouver à candidater à 30 ans passés pour un poste dans un laboratoire où "on préfèrerait un homme parce qu'il y en a marre des maîtres de confs en congé maternité". Pas réjouissant comme perspective ! Ce que je ne comprends pas, c'est le postulat de base "il faut attendre d'avoir un poste pour avoir un bébé" : bien sûr, quand on est en thèse on a la pression pour trouver un post-doc, quand on est en post-doc on a la pression pour trouver un poste ... Mais après ? Après il faut monter son équipe, se faire connaître, trouver des étudiants, des sous ... D'après mon directeur de thèse, la pression dure encore au moins 10 ans après l'embauche. Et puis, partir en congé maternité en abandonnant temporairement une manip, ce n'est pas trop grave. Mais laisser un thésard livré à lui-même, c'est plus embêtant. Conclusion : d'un point de vue  professionnel, tous les moments sont mauvais pour une grossesse. Le bon moment est donc celui où on en a envie. Ca peut paraître brutal d'affirmer aux femmes que leur maternité sera de toutes façons compliquée, critiquée, pas pratique. Mais cela les découragerait peut-être moins que la perspective de devoir attendre des décennies avant de pouvoir fonder une famille.

La Rabenmutter

Enfin, quand on a des enfants et qu'on travaille, il faut encore les faire garder. A ce sujet, une discussion intéressante a suivi la fête. Nous étions 4 : un Indien, un Allemand de l'Est, un Allemand de l'Ouest, et moi. Tous élevés par une mère qui travaillait, sauf Kris, l'Allemand de l'Ouest. Nous avons donc connu, selon notre pays d'origine crèches publiques (Allemagne), nounou (France) ou garde par les grands-parents (Inde).Aucun de nous n'a été traumatisé. Et nous avons écouté Kris, qui essayait de nous expliquer pourquoi en Allemagne de l'Ouest tout le monde est convaincu qu'il est bien meilleur pour un enfant d'être élevé par sa mère pendant ses premières années. Et pourquoi donc les mères qui travaillent et font garder leurs enfants sont de mauvaises mères (des Rabenmutter, littéralement des mères-corbeaux). Pas très convaincu lui-même, il n'a donc pas été convaincant et la psychologie collective des Allemands à ce sujet reste pour moi un mystère ...

Rédigé par Algue

Publié dans #recherche

Repost 0
Commenter cet article