... et les 95 % ?

Publié le 28 Mars 2012

C'est rare, mais cela arrive : UMP et socialistes sont d'accord sur un constat, un objectif à atteindre et les moyens pour y arriver. Le constat ? Les élites de ce pays s'autoreproduisent en vase clos, en particulier via les grandes écoles et les classes préparatoires associées. Difficile de ne pas acquiescer. En revanche, comment ne pas être déçu par la réponse unanimement apportée, "il suffit d'ouvrir les classes préparatoires aux boursiers et d'en garantir l'accès aux meilleurs 5% des élèves de chaque lycée" ?

 

Déjà, les classes prépa ne sont que la partie émergée de l'iceberg. La ségrégation sociale y est certes très visible, mais le nombre total d'élèves dans la filière reste assez faible. Quid de médecine, de droit, de pharmacie ? Pour fréquenter régulièrement les bâtiments des facs parisiennes de santé, je peux vous assurer que passé la première année où ils se font écrabouiller, les étudiants d'origine modeste se font rares dans ces endroits qui pourraient pourtant constituer le départ d'un ascenseur social.

 

Ensuite, ça m'énerve qu'on ne s'adresse encore une fois qu'aux meilleurs 5%. Et les autres ? Ne méritent-ils pas qu'on s'intéresse à eux ? QU'on leur offre un système d'orientation digne de ce nom ? Du tutorat dans toutes les filières et pas seulement en prépa ? ET les 5%, pourquoi les forcer à intégrer les grandes écoles ? Et s'ils veulent être médecin, prof, avocat ou biliothécaire ? Est-ce normal de considérer la prépa comme un passage obligé opur tous les élèves qui peuvent se le permettre, même s'ils ne souhaitent pas devenir ingénieur ou faire carrière dans le commerce et la finance ? 

 

On dirait que la prépa est le nouveau bac S. Quel bon élève n'a pas ententdu le fameux "Tu ne sais pas ce que tu veux faire ? Va en prépa, tu vas acquérir des méthodes qui te seront utiles pour tout". On s'étonne ensuite que les gens qui se retrouvent sur les bancs de l'université y soient par défaut ... comme nombre de lycéens orientés en L et en ES par l'échec en maths plutôt que par goût pour la littérature ou l'économie. Envisage-t-on sérieusement de généraliser à l'enseignement supérieur un tel processus ? Je sais bien que François Hollande et Nicolas Sarkozy ne me demandent pas mon avis, mais je les préviens quand même. On ne construit pas tout un système d'enseignement supérieur en ne s'adressant qu'à 5% des lycéens sans générer anxiété, fatalisme et stratégies de contournement de la part des plus favorisés. Cela vous coûtera cher ! En réorientations, en injustices, en démotivation des étudiants (qu'il s'agissent des étudiants de prépa ou de ceux qui en ont été écartés).

Rédigé par Algue

Publié dans #éducation

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