Fac off, ici aussi !

Publié le 25 Novembre 2009

Et non, il n’y a pas qu’en France que les universités font grève ! A Berlin, Munich et Cologne, des amphis sont occupés, à l’université de la Ruhr ils ont été évacués par la police, et dans toutes les villes universitaires les étudiants manifestent.

Pourquoi une grève ?

Les revendications principales des manifestants sont :

 

la baisse des frais d’inscription qui viennent d’être mis en place dans la plupart des Länder.

 

l’abolition de la réforme LMD. 10 ans après la conférence de Bologne, qui marque le début de la standardisation des diplômes européens, les universités allemandes sont encore en train de la mettre en place et elle rencontre une vive opposition. Les étudiants, qui pouvaient étaler leurs modules sur plusieurs années du temps du Diplom, sont obligés de préparer leur licence en 6 semestres, ce qui ne laisse pas le temps pour un job à côté. Curieusement, il semble qu’il leur soit plus difficile d’effectuer un séjour à l’étranger depuis la mise en place du système LMD, pourtant censé favoriser leur mobilité.

 

l’amélioration des conditions d’études et globalement, l’augmentation des moyens attribués à l’enseignement

 

la réforme du système d’enseignement secondaire jugé trop propice à la reproduction sociale (pour ceux qui ne connaissent pas, voyez à la fin de ce billet, c’est très spécial)

 

Ce à quoi s’ajoutent des revendications classiques du type « non au numerus clausus », « une place en master garantie pour chaque étudiant qui obtient sa licence », « ras-le-bol des stages non rémunérés » … Accumulées, elles forment un bouquet qui frise l’utopie, mais elles montrent bien que les sources du mal-être étudiant sont multiples.

 

La présidente de la conférence des recteurs d’université, Margret Wintermantel, a eu cette phrase étrange au sujet de la contestation étudiante : « Je peux comprendre qu’ils se soucient de leurs conditions de vie et d’études, mais j’ai l’impression qu’il y a peu de revendications concrètes, plutôt un rejet global de la situation actuelle, et cela m’inquiète ». Souvent, on reproche aux manifestants de ne pas voir plus loin que le bout de leur nez (et de leur fiche de paie), de manquer de recul, de ne pas chercher à mettre le conflit dans un contexte. Alors qu’ici, les étudiants remettent en question la place de l’université dans la société, la valeur de la formation universitaire, les contenus des programmes, critiquent l’injustice du système d’orientation dans le secondaire, s’inquiètent de la baisse du nombre d’universitaires dans les commissions qui décident de l’avenir de l’enseignement et de la recherche … Étonnant que Mme Wintermantel ne saisisse pas l’occasion de débattre avec eux sur ces sujets bien plus passionnants que le montant des bourses.

 

Le système scolaire allemand

En France, 89 % des bacheliers, ce qui représente 55 % de la classe d’âge, s’inscrivent dans l’enseignement supérieur. En Allemagne,  seulement 39 % des jeunes vont à l’université. En effet, comme chez nous, on peut entrer à l’université quand on a réussi son bac, appelé ici Abitur. Simplement, tous les lycéens ne le passent pas : l’enseignement secondaire en Allemagne est dispensée par trois sortes d’établissements, et l’orientation vers l’un ou l’autre se décide dès l’êge de 12 ans. Le Gymnasium, le plus sélectif, est le seul à préparer à l’Abitur et donc à l’entrée dans le supérieur. La Hauptschule (très professionnelle) et la Realschule (plus généraliste) proposent quant à elles des cursus courts, après lesquels on rentre en théorie dans le monde du travail – en pratique, le diplôme est souvent suivi d’autres formations professionnelles.

 

Comment le mouvement est perçu

 

On s’en doute, les enfants de familles riches vont plutôt au Gymnasium et ceux de familles pauvres et/ou immigrées à la Hauptschule … Par conséquent les étudiants viennent majoritairement de familles aisées. Ce qui fait qu’il y a, plus qu’en France, une fracture entre les étudiants et « l’Allemagne qui se lève tôt ». A Göttingen, si le mouvement n’est pas très suivi (1200 personnes ont manifesté le 18 novembre, alors que la ville compte plus de 25 000 étudiants), il est bien vu par la population, ce qui semble aussi être le cas à l’échelle nationale. 86 % des lecteurs du Göttinger Tageblatt le jugent justifié, et les détracteurs semblent plus allergiques aux étudiants (qui font la fête tous les soirs et se lèvent tard quand d’autres travaillent dur pour nourrir leur famille, vous connaissez la chanson) que défenseurs ardents du LMD.

Rédigé par Algue

Publié dans #éducation

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