French paradox

Publié le 5 Décembre 2010

Avant de commencer cette histoire, laissez-moi vous rappeler :

  • que le gouvernement vient de parvenir à faire voter une loi prolongeant la durée obligatoire du travail.
  • que le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche lance son appel d’offres Initiatives d’Excellence, dispositif (discutable) destiné à mettre en valeur les établissements, laboratoires voire équipe de recherche qui se distinguent par la qualité de leur production et à leur octroyer des moyens supplémentaires.
  • que ce même ministère affirme – on en parlait le mois dernier – son ouverture à l’international.

 

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Vous en savez maintenant assez pour apprécier à sa juste valeur l’absurdité de la situation dans laquelle se retrouve José Eduardo Wesfreid, chercheur (excellent) d’origine argentine, directeur (excellent) de laboratoire (excellent) et spécialiste de turbulence et d’instabilités (les jolis tourbillons verts que vous voyez ici, c’est de lui, avec son acolyte Philippe Petitjeans).

 

L’année dernière, âgé de 64 ans, José Eduardo Wesfreid a déposé auprès du CNRS qui l’emploie une demande de prolongation d’activité pour 2 ans. Compte tenu du fait que l’allongement de la durée du travail est à la mode, on pourrait imaginer que le CNRS saute sur l’occasion. Que nenni : l’éméritat au CNRS n’est accordé « qu’à titre exceptionnel ». Pas d’inquiétude pour autant du côté du laboratoire, l’action de José Eduardo Wesfreid y étant justement exceptionnelle : depuis son arrivée, nombre de chercheurs, ensiegnants-chercheurs et personnels d’aide à la recherche y ont été embauchés, de nouvelles équipes se sont installées, des collaborations entre elles se sont développées. Le rayonnement du laboratoire a été décuplé, au sein de la communauté scientifique et même au-delà, le laboratoire ayant été primé pour sa participation active à la Fête de la Science.

 

Après un an de silence, la veille de son anniversaire, José Eduardo Wesfreid a appris avec stupeur que sa demande risquait d’être rejetée. Il restait au laboratoire un week-end pour se désigner un directeur ! (Sans directeur, impossible de passer des commandes, de partir en mission, d’accueillir un stagiaire ou un visiteur …) Sous la pression des chercheurs du laboratoire, le CNRS a décidé d’accorder un sursis de 6 mois au laboratoire, qui doit désormais se préparer à une réponse défavorable à la demande de son chef. José Eduardo Wesfreid, qui n’a pas commencé sa carrière en France mais en Argentine sous la dictature, n’a même pas le nombre d’annuités nécessaires pour voir droit à une retraite complète.

 

Où est, dans cette histoire, la reconnaissance de l’excellence ? La récompense légitime qui devrait être offerte à une personne qui s’est dévouée pour son unité avec des résultats exemplaires ? Qui a été réélu à l’unanimité à la fin de chaque mandat ?

Rédigé par Algue

Publié dans #recherche

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