Haut-le-coeur

Publié le 27 Mai 2014

Le champ lexical du vomi revenait beaucoup hier soir dans les statuts Facebook de mes amis. Ma copine Marjolaine m’a aussi envoyé cette jolie photo - qui ne retranscrit pas tout à fait mes sentiments, moi j’ai plutôt envie de hurler.

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A peine 24 heures après, il est déjà impossible de remettre la main sur les infographies publiées la nuit dernière, permettant de visualiser les résultats commune par commune sur les cartes des départements. Moi qui vous avais vendu ma Bretagne comme un havre de tolérance et d’ouverture d’esprit, quelle ne fut pas ma tristesse quand j’ai vu la carte du Morbihan ravagée. Ma ville de Lorient, pauvre et urbaine, a donné une très courte majorité aux socialistes, tout comme sa voisine Ploemeur, celle-ci plutôt riche et bobo. Sur le très chic pourtour du Golfe du Morbihan, les traditions perdurent et l’UMP l’emporte (là aussi de peu). Partout ailleurs, la marée noire.

Gros découragement. Ils auraient l’air malin, les éleveurs de porc, si on fermait les frontières avec l’Allemagne qui abat leurs animaux et achète leur viande (même les plus mauvais). Clairement (en Bretagne au moins) je pense que ce vote est un vomi anti-européen plus qu’un vomi raciste. Et bien c’est quand même du vomi, et ça ne sent pas bon.

Alors bien sûr, je suis hyper fâchée contre les hommes politiques de tout bord qui se défaussent de tous leurs échecs sur Bruxelles, contre les média français qui nous présentent chaque élection comme l’occasion d’un plébiscite pour François Hollande (limite on te file le bulletin d’inscription au FN en te disant que c’est le seul geste contestataire que tu puisses faire).

Mais surtout je suis fatiguée de l’égoïsme ambiant. Ce que j’entends tout le temps, c’est « François Hollande il s’occupe des autres et pas de nous ». Gna gna gna. On a tous nos problèmes. En attendant, moi j’habite à côté d’un marchand de sommeil et je peux vous dire à quoi ça ressemble la vie d’un demandeur d’asile. Ils sont logés à l’hôtel. Un hôtel à 30 euros la nuit. Pas cher, me direz-vous, mais à 30 nuits dans le mois, ça fait 900 euros (c’est presque mon loyer). Pour quatre murs et un lit. La douche est dans un autre bâtiment, alors je vois défiler les habitants sur la passerelle qui traverse la cour, en pyjama, leur serviette sur l’épaule, sous le ciel gris de Paris. Cette passerelle sert aussi d’étendoir à linge, de terrain de jeux et de garde-manger. Le marchand de sommeil, ce n’est pas le palace de Lost in Translation, il n’y a pas de mini-bar, alors les provisions, on les garde à la fenêtre.

Quand j’ai parlé à des collègues de cet étrange voisinage, elles m’ont tout de suite plainte. « Des migrants ? Mais tu dois avoir des nuisances ! ». De mon côté de la cour, j’ai un frigo et de l’eau chaude. Des papiers en règle, un contrat de travail et un bail. Mes voisins manquent de tout cela, et pourtant ils ne vont pas me le prendre (je ne dis pas qu'ils ne travaillent pas, hein, attention. Juste que sans papiers, ils travaillent au noir. Mais paient des impôts tout de même). Nous, les Français, nous sommes privilégiés, et pas seulement les 1%. Pourquoi vivre confit dans la peur de se faire rouler ?

La pauvreté n’est pas contagieuse, mais les résultats de ce dimanche montrent que la connerie l’est. J’espère qu’on a atteint le pic de l’épidémie

Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love

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