Le marathon des candidatures

Publié le 29 Janvier 2013

Pourquoi suis-je si peu souvent sur ce blog en ce moment ? Eh bien c'est que c'est la saison des candidatures, celle où tous les jeunes chercheurs en quête d'un poste permanent démarchent les potentiels labos d'accueil, vont rencontrer des équipes un peu partout en France et donner des séminaires pour se présenter, rédigent des projets de recherche, guettent les annonces de recrutement à l'université, essaient de savoir qui se présente où, signent des pactes de non-agression avec les copains ...

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Tout cela paraît très opaque de l'extérieur, mais en fait on s'y perd également (encore plus ?) quand on fait partie du système. Alors, avec mes complices de l'Atelier des Jours à Venir, nous avons organisé une soirée d'échanges autour de ces questions. Nous avons invité une chercheuse confirmée, experte en recrutement de jeunes biologistes, et un jeune physicien récemment embauché, tout prêt à nous livrer ses secrets de succès. Il est difficile de résumer les débats en quelques phrases, et il n'y a évidemment pas de recette miracle, mais nous avons essayé ici. Et il y a aussi des conseils détaillés, quoiqu'un peu datés, . Ca, c'était en octobre.

 

En novembre / décembre, c'était la course aux séminaires, la préparation d'articles qu'on avait très très envie d'envoyer aux revues avant la fin de l'année pour pouvoir envoyer notre dossier au CNRS avec une ligne en plus sur notre liste de publications, la rédaction des projets de recherches pour le CNRS. Le 7 janvier au soir, enfin, on clique sur Envoyer (en essayant de ne pas penser que les oraux du concours arrivent en mars, c'est-à-dire demain).

 

Ensuite, au moment où on espère un peu revivre, en fait, on attrape tous les microbes qui passent par là. Et justement, par temps de neige, il y en a plein. Et puis on réalise que comme on avait refusé toute sollicitation en fin d'année pour cause de rédaction, on a tout repoussé à janvier. Les week-ends sont pleins, les semaines aussi. En plus, comme on se sent à la traîne par rapport à la concurrence, on se dit qu'en 2013, c'est sûr, on travaillera plus pour publier plus (non, on ne gagne pas plus quand on publie, à la grande surprise de mes étudiants, mais on maximise ses chances de pouvoir rester chercheur plus longtemps, ce qui n'est pas mal quand même).

 

On en perdrait presque le sens de l'humour. Comme quand la blogueuse Female Science Professor a lancé son concours d'écriture, avec pour thème "le CV scientifique le plus farfelu". A l'image d'une lectrice, j'ai eu un peu l'impression que pour réussir il me faudrait me transformer en licorne magique robotisée. En partant du niveau Dee S. Perate. Pas gagné ... mais il paraît qu'on passe tous par là (même les licornes ?).

 

Nous parlions de tout ça la semaine dernière avec un chercheur plus âgé, et nous partagions un peu les mêmes constats. Que les processus de sélection soient longs et contraignants, c'est normal. Il y a beaucoup d'appelés, peu d'élus, et des postes de fonctionnaires sont en jeu. Qu'il faille passer par plusieurs années de CDD après la thèse avant d'être recruté, je suis à fond pour. On apprend énormément en changeant d'environnement. En sciences et surtout en management. C'est bien d'avoir eu plusieurs chefs avant de devenir chef. Mais est-ce que le système actuel permet vraiment de faire sortir du lot les chercheurs les plus créatifs, ceux qui sont le plus à même de diriger une équipe ? Time will tell (je ne parle pas de moi bien sûr, mais si le CNRS s'obstine à ne pas recruter ma copine Marie, alors que je ne connais pas beaucoup de physiciens de ma génération qui lui arrivent à la cheville, j'arrête définitivement d'y croire).

Rédigé par Algue

Publié dans #recherche

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