... Mais moi je reste tranquille

Publié le 16 Juin 2010

L’Eurovision avait fait distraction il y a quelques semaines, mais l’événement de l’année, c’est bien sûr la Coupe du Monde. Pour les Allemands comme pour les Français, même s’ils expriment ça de façon un peu différente.

 

Ici, c’est avant tout une fête, attendue depuis des mois. Et les Allemands n’ont pas attendu leur premier match pour sortir mettre l’ambiance dans les rues. La dernière Coupe du Monde  - qui a eu lieu en Allemagne - les a décomplexés du côté du drapeau allemand et de l’hymne national qui jusque-là n’osaient pas trop s’afficher. Depuis plusieurs semaines, tout est noir, rouge et or. Les voitures personnelles, mais également les taxis et véhicules professionnels arborent des fanions tricolores. Pendant ce temps-là, les Français s’offusquent du prix des chambres d’hôtel de leurs joueurs, pronostiquent leur élimination certaine dès les premiers tours de la compétition et accusent de tous les maux le sélectionneur. Plus tard, peut-être, si les Bleus arrivent en demi-finale, on se peindra la figure en bleu-blanc-rouge en affirmant qu’on a toujours été derrière eux.

 

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« Hourra, ON a gagné » ou « Putain, ILS ont perdu ». Le supporter qui sommeille en chacun de nous est rarement courageux. Malgré tous les discours qu’on m’a tenus sur la noblesse du sport, je ne suis pas convaincue qu’il révèle la meilleurs part des hommes.

 

Promouvoir l’activité physique, oui, je suis d’accord. « Mangez, bougez », pas de problème ! Qu’on nous apprenne  à l'école à courir et à nager, soit, c’est utile. Qu’on aprenne à notre corps à faire des efforts, à s’échauffer avant, à s’étirer après, à s’hydrater pendant, oui. Qu’on apprenne à chacun à connaître ses limites, d’accord. Cet enseignement vise, je suppose, à transmettre aux élèves, une bonne fois pour toutes, une bonne hygiène de vie.

 

Mais ça dérape : pourquoi s’entêter à vouloir dépasser ces limites, battre des records ? Bien sûr, certaines personnes voient la compétition comme un moteur. Quoique je ne partage pas ce point de vue, je peux le comprendre. Mais combien se sentent humiliés d’être toujours vaincus, de n’être jamais à la hauteur du slogan absurde « dépasse tes limites » ? Combien arrêtent définitivement le sport après le bac, marqués à vie par la honte d’être le dernier choisi dans l’équipe de basket ? Combien, frustrés de n’être pas le champion dont ils rêvent (un rêve imposé ?), se contentent de brandir leur canette de bière depuis le canapé en râlant contre cet abruti d’entraîneur au lieu de courir eux-mêmes sur un terrain ?

 

En terminale, j’ai rencontré la perle rare. Une prof d’EPS qui enseignait la danse et le taï-chi. Qui nous faisait commencer la semaine par une séance de massages, développer notre conscience non seulement de notre propre corps mais de celui de l’autre, trqvailler notre écoute des autres quand il fallait danser en groupe.

 

Je ne suis pas contre le sport dans l’absolu, ni opposée à sa pratique en milieu scolaire. Je trouve juste qu’on devrait avoir le choix. Compétition, ou art, ou relaxation, ou les trois. J'aimerais avoir le droit de dire que le sport ne m’intéresse pas et que je n’en pratique pas sans recevoir automatiquement des regards courroucés, sans que l’on m’accuse de creuser le trou de la sécurité sociale (d’ailleurs c’est faux, je danse largement assez pour me maintenir en forme !).

 

Le chercheur Richard Florida a bien compris, lui, qu’il existait des gens que les stades ne passionnaient pas. Que parmi ces gens, il y avait des artistes, des chercheurs, des chefs de start-ups. Il y a quelques années déjà, constatant que les jeunes diplômés créatifs fuyaient sa ville, Pittsburgh, il argumentait pour qu’elle investisse plus dans le développement d’une scène culturelle alternative et moins dans l’équipe de base-ball locale.

 

Du sport, oui, mais de l'oxygène aussi, par pitié !

Rédigé par Algue

Publié dans #sport

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