Marcher, chercher

Publié le 8 Octobre 2010

Pas le temps de faire beaucoup de sciences ces jours-ci, alors je me venge en lisant. Dernier volume en date : En avant, route !

 

Voilà bien un livre que je ne m’attendais pas à lire - merci au Masque et la Plume de m’avoir fait changer d’avis ! L’auteur, Alix de Saint-André, a effectué trois fois le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et raconte « le chemin ». Quel rapport peut-il bien y avoir entre elle, journaliste, catholique, pèlerine et moi, scientfique athée ? Bien plus qu’il n’y paraît …

SaintJacques.png

 

D’abord, le chemin, c’est dur. Le récit d’Alix de Saint-André est truffé d’ampoules et de tendinites. Ce qui frappe le lecteur, c’est la persistance de la douleur et de l’inconfort tout au long du voyage. On s’habitue à la peine, bien sûr, mais sans cesser de la ressentir. Et donc de se poser la question, légitime « mais pourquoi me suis-je donc fourrée dans cette situation ? ». C’est là qu’intervient la première vraie similarité avec la recherche, moins dans la pénibilité du travail (il y a bien pire ailleurs, rassurez-vous, j’en suis consciente) que dans son ingratitude. On est là parce qu’on l’a choisi, et pourtant on déguste. Pourquoi donc décider de passer un mois sur la route de Saint-Jacques quand on pourrait se la couler douce à la plage ? De passer ses journées et ses nuits à réparer un montage expérimental foireux alors qu’on pourrait gagner vingt fois plus en travaillant dans la finance ?

 

Dans les deux cas, le novice se trompe bien souvent de réponse à ce pourquoi. Lors de sa première expédition, Alix nous raconte qu’elle marche pour arriver à Saint-Jacques. Une fois parvenue à destination … so what ? Il y a bien la satisfaction d’en avoir été capable, mais elle réalise que ce n’est pas exactement ça qu’elle avait espéré. Comme nous qui courons après la Découverte quand nous débutons à la paillasse. Après quelque temps, en discutant avec son directeur, on fait le bilan des avancées, on commence à faire le plan d’un article … On pense alors, surpris : « Un article, mais ça veut dire que j’ai trouvé quelque chose alors ? Comment se fait-il que je ne m’en sois pas rendu compte ? ».Un peu comme Alix, toute étonnée quand le prêtre de Compostelle lui affirme que bien sûr, elle l'a, la foi.

 

Car ce qui compte, pour le pèlerin comme pour le chercheur, c’est le chemin. Pas la destination (qui est de toute façon inconnue dans le cas du chercheur). Et sur le chemin, celui de Saint-Jacques ou celui de la découverte, c’est toujours le même état d’esprit qui permet d’avancer : l’humilité, l’ouverture, la capacité à poser des questions, à se remettre en question, à s’émerveiller, à retrouver le regard d’enfant que l’on portait sur le monde … Le sens de l’humour ne gâte rien et, ça tombe bien, Alix de Saint-André en a beaucoup !

 

Quant à moi, qui croyais atteindre le bout du marathon administratif qui me sépare de mes débuts en biologie, je vois l'a fin de l'étape s'allonger. Mais je m'accroche, après tout, la route de Saint-Jacques passe par mon nouveau labo ...

Rédigé par Algue

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