Nano et Non-à sont dans un bateau …

Publié le 3 Février 2010

… devinez qui pousse l’autre à l’eau ?

 

Au sein de la communauté scientifique, les nanosciences ont plutôt bonne presse. Rien de tel, pour obtenir un financement de type ANR, que de dire qu’on va fabriquer des nanotrucs, ou encore mieux étudier leur auto-assemblage. On en rajoute en évoquant les possibilités d’application époustouflantes du nanotruc en question dans les domaines thérapeutique, cryptographique ou militaire. Et voici qu’après avoir entendu parler au journal télévisé de nano-médecin, nano-espion, nano-soldat et autres nano-robots en tous genres, le grand public se sent menacé.

 

Des débats pour informer …LogoNanoDebat

 

Pour le rassurer, l’état, par le biais de la Commission particulière du débat public Nanotechnologies, organise des débats dans toute la France (enfin dans 17 grandes villes concernées par les nanotechnologies).  N’importe qui  peut déposer une question sur le site web de la Commission, qui s’engage à répondre à chacun. On peut également laisser des commentaires après le débat, et la Commission restituera à la fin de sa tournée les opinions récoltées au cours de ces séances.

 

Tout irait bien si  plusieurs de ces débats n’avaient pas été perturbés par des collectifs anti-nano. Leur présence au débat n’est que très naturelle : pourquoi seuls les scientifiques auraient-ils le droit de s’exprimer ? Le problème, c’est qu’au lieu de participer aux débats, ils les annulent les uns après les autres et en retirent une grande fierté.

 

Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ?

 

Il est bien difficile, sur le site de Pièces et Main d’œuvre, un collectif grenoblois anti-nano, de comprendre ce qui au juste les embête avec les nanotechnologies. Ils ne nous expliquent pas ce qu’elles sont, et, au vu des quelques allusions vagues à des nano-robots (qui relèvent encore du fantasme à l’heure actuelle), il y a fort à parier qu’ils ne le savent pas eux-mêmes …  Leur refus de débattre en deviendrait logique : comment argumenter quand on ne sait pas ?

 

En revanche, ce qui est très clair, c’est qu’ils en veulent au système. Ils se sentent surveillés par l’état, pensent que celui-ci leur cache des informations et que les chercheurs, esclaves zélés de cet état totalitaire, tapis dans leurs laboratoires, travaillent à concevoir des nanopuces qui permettront de contrôler les être humains à distance. On comprend dans ce cas qu’ils aient envie de lutter contre la « tyrannie technologique ».

 

Les erreurs des anti-nanos

 

A mon sens il y en a deux. La moins grave, c’est qu’ils se trompent de cible : pour lutter contre un état et des entreprises toutes-puissantes, cela ne sert à rien de prendre citoyens et chercheurs en otage. Ils ne sont pas partie prenante de la « grande manipulation tyrannique », si telle manipulation il y a. Les chercheurs en nanotechnologie, ça les fait juste tripper de voir et manipuler la matière à l’échelle du nanomètre, car on leur a répété tout au long de leurs études que c’était impossible. Ils se posent mille questions sur ce qui se passe à toute petit échelle, sont bien décidés à y répondre et n’en ont rien à faire de devenir Big Brother.

 

Le plus grave, c’est la méthode. Refuser le dialogue, c’est témoigner d’une volonté de se maintenir soi-même, et pire de plonger de force les autres, dans l’ignorance. Pour un collectif qui prétend promouvoir l’esprit critique, c’est quand même paradoxal !

 

Qu’on demande plus d’informations, plus de dialogue, je suis évidemment pour. Pour moi, cela passe par un effort de formation des chercheurs, qui doivent apprendre l’importance de la communication en dehors de leur communauté. Quoi qu’essaie de nous faire croire PMO, le peuple n’est pas l’ennemi des scientifiques, il leur fait même plutôt confiance. Il est généralement satisfait des progrès technologiques (quoi qu’il ait parfois du mal à les concevoir comme une conséquence du travail des chercheurs).

 

Au fond, c’est avec le gouvernement que PMO est fâché. Mais en privant le peuple de contact avec ses chercheurs, en lui faisant perdre sa foi dans le progrès et sa confiance dans la science, il ne l’aide pas à lutter contre ce pouvoir jugé abusif. Il en fait des victimes impuissantes, dépassées par les enjeux jamais évoqués du débat.

 

Finalement, c’est quoi, les nanotechnologies ?

 

Il n’y a pas de réponse unique à la question : dès qu’on manipule la matière à l’échelle du nanomètre, on fait de la nanoscience. Interdire les nanosciences, ce serait interdire par exemple toute recherche sur les atomes ou les molécules uniques, bref une bonne partie de la physique, de la chimie et de la biologie contemporaines.

 

Les nanotechnologies concernent, elles, la fabrication de nano-objets. Ces objets peuvent être des circuits, électroniques ou nanofluidiques (voir article précédent sur la miniaturisation). Ceux-ci ne représentent pas plus de danger pour les utilisateurs que des circuits plus grands. Ce qui peut être dangereux, ce sont les nano-particules : des poudres très fines dont les grains nanométriques peuvent provoquer des troubles respiratoires. Aussi ces nanoparticules ne sont-elles manipulées que sous hotte et ne peuvent être commercialisées « libres » : on ne les trouve que dans des produits où elles sont fixées dans une matrice condensée (liquide ou solide) dont elles ne peuvent s’échapper.

 

Et les fameux nano-robots alors ? Pour l’instant, on en est à étudier ce que la nature sait faire : les moteurs moléculaires, qui sont les protéines à l’origine du mouvement dans les cellules (celles qui font glisser les fibres musculaires l’une par rapport à l’autre pour que le muscle se contracte, par exemple), et à les copier. Quelques groupes ont réussi à synthétiser des composés qui sous l’effet d’une perturbation chimique changent de forme et produisent donc une action mécanique. Ca a beau être hyper-classe, on est loin des nano-soldats !

 

Pour en savoir plus …

 

J’ai été un peu rapide, mais voici où vous pouvez avoir des informations supplémentaires :

 

-       les sites de C-Nano, collectifs français de recherche en nanosciences et nanotechnologies (lien pour C-Nano Ile-de-France), pour un panorama des thématiques de recherche

-       un historique des nanotechnologies  dans le dossier Nano du CNRS

-       pour les anglophones, le rapport de la commission Nanosciences et Nanotechnologies de la Royal Society of Enginnering, dont les chapitres 5 et 6 traitent des dangers potentiels des nanotechnologies

-       une revue de J.-P. Sauvage (Université de Strasbourg) sur les nanomachines

Rédigé par Algue

Publié dans #physique

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