Nous, les gens, à la Maison Blanche

Publié le 24 Mai 2012

Petite découverte faite hier soir : un joli exemple de démocratie participative à l'américaine.

 

the white house

 

Le site de la Maison Blanche comprend un volet, intitulé We, the People, où les citoyens peuvent parler des sujets qui leur tiennent à coeur et demander aux internautes leur soutien. Si le nombre de signatures atteint 35 000 personnes dans les 30 jours après la mise en ligne du sujet, alors l'équipe du président se saisira du dossier. Pas besoin d'être citoyen américain pour voter, l'opinion des étrangers est aussi acceptée.

 

Ce qui m'a amenée là ? Un mail de la physicienne Laurette Tuckermann, qui milite depuis des années pour une plus grande ouverture de l'accès aux publications scientifiques. Il y a quelques années, je l'avais entendue donner un excellent séminaire (la présentation se trouve ici, et vaut la peine d'être lue même si c'est beaucoup moins drôle sans les commentaires en live de son auteur). Pour résumer, les articles scientifiques sont écrits par les chercheurs, qui les envoient ensuite à des journaux pour tenter de les faire publier. Ils le font gratuitement, voire à leurs frais - dans des disciplines comme l'économie, il faut presque toujours payer pour soumettre un article, cela se pratique aussi en sciences expérimentales mais c'est plus rare. L'éditeur du journal peut décider que l'article est pourri et le rejeter d'office. Mais le plus souvent, il fait appel à des experts pour juger de la qualité de l'article. Là encore, ces experts sont des chercheurs qui effectuent ce travail de revue bénévolement. Ils renvoient un rapport argumenté expliquant pourquoi l'article est accepté ou rejeté, donnant bien souvent des suggestions pour l'améliorer. Ce système connu sous le nom de peer reviewing - évaluation par les pairs - permet, du moins en théorie, de garantir la qualité des informations scientifiques publiées.

 

Jusqu'ici tout va bien. Sauf qu'une fois l'article publié, il devient la propriété de l'éditeur. Pour y avoir accès, il faut être abonné à la revue. Ce qui est hors de prix pour les particuliers, et de plus en plus pour les institutions aussi. Car, comme l'explique Laurette, des banquiers ont entendu parler du fonctionnement étrange de l'édition scientifique. Et ont découvert avec bonheur que les chercheurs, ne pouvant pas se passer du travail publié par leur communauté, étaient prêts à investir des sommes énormes pour y avoir accès. Le prix des abonnements a donc explosé, alors même qu'une part croissante du travail de mise en forme des articles est prise en charge par les auteurs, et que certains journaux, publiés directement en ligne, ne sont même plus imprimés.

 

Depuis quelques années, il est commun pour la plupart des bibliothèques universitaires de flirter avec la banqueroute et de réduire à leurs abonnés l'offre de revues proposées. Même des institutions parmi les plus prestigieuses et les plus riches, telles l'université de Harvard et la société Max Planck, ont décidé de ne plus céder au chantage et de boycotter Elsevier, l'un des éditeurs privés les plus importants du marché.

 

Les données publiées par les chercheurs étant souvent le fruit d'un travail subventionné par l'État, des mouvements citoyens prennent le relais pour que ce produit soit considéré comme un bien public et accessible à tous. La pétition déposée en ce sens sur We, the People semble plutôt très bien partie pour atteindre ses 35 000 signatures, reste à savoir ce que la Maison Blanche proposera comme solution ... La suite au prochain numéro, d'ici là n'hésitez pas à nous aider !

Rédigé par Algue

Publié dans #recherche

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