On ne prête qu'aux riches

Publié le 31 Janvier 2012

On savait que c'était le cas pour l'argent, mais c'est pareil pour le travail. En tous cas, à l'université. C'est fort dommage car tandis que les enseignants-chercheurs, souvent en surservice, croulent sous les heures d'enseignement, nombre de jeunes docteurs qualifiés et expérimentés, qui attendent patiemment que l'opportunité d'un recrutement se présente (rappelons que la moyenne d'âge des candidats au CNRS prend un an par an), aimeraient bien enseigner un peu entre deux contrats précaires. Hélas, le formulaire à remplir pour devenir vacataire d'enseignement, qui comporte plein de cases possibles dans la catégorie "statut", ne connaît pas "sans emploi".

Les explications à ce sujet d'un responsable du personnel enseignant dans une université parisienne :

Bonjour,

 

Ne peuvent être recrutés en tant que vacataires d'enseignement que des personnes ayant une activité principale par ailleurs. Il s'agit d'une règle posée par le décret n°87-899 et qui n'est donc pas propre à l'Université Paris XXX.

 

Article 2: Les chargés d’enseignement vacataires sont des personnalités choisies en raison de leur compétence dans les domaines scientifique, culturel ou professionnel, qui exercent, en dehors de leur activité de chargé d’enseignement, une activité professionnelle principale consistant :

- soit en la direction d’une entreprise ;

- soit en une activité salariée d’au moins neuf cents heures de travail par an ;

- soit en une activité non salariée à condition d’être assujetties à la taxe professionnelle ou de justifier qu’elles ont retiré de l’exercice de leur profession des moyens d’existence réguliers depuis au moins trois ans. ...

 

Ce décret discrimine également les moins de 28 ans et les plus de 65 ans, que de motifs d'indignation!

 

Cordialement

 

Alors oui, je sais, c'est plus facile avec des gens qui ont des autorisations de cumul, parce que les charges sont déjà payées par leur employeur régulier. J'aimerais bien quand même savoir quelle fraction des volumes d'enseignements se font en vacations. Un système qui considère que les vacations sont comme du beurre dans les épinards pour des vacataires qui interviennent ponctuellement en plus de leur activité professionnelle n'est adapté que si le recours aux vacations est effectivement marginal. Lorsqu'on prend en charge un enseignement (cours magistral, TD ou même TP) pour un semestre entier, même pour un petit groupe, on investit du temps. Beaucoup de temps. Ce que font de nombreux vacataires (à de très rares exceptions près, ceux que je connais s'engagent toujours sur un semestre).

 

Si on veut vraiment être procédurier, ne serait-il pas plus normal que ces personnes fassent le travail pour lequel elles sont payées par leur employeur et que l'université ouvre des postes à la hauteur de ses besoins en personnel enseignant, quitte à avoir recours à des CDD et des temps partiels ?

 

Surtout, pourquoi les universités prétendument autonomes ne peuvent-elles pas s'organiser plus librement dans la gestion de leurs ressources humaines ? Ni même décider de leurs modalités d'évaluation des connaissances, comme le rappellent les auteurs de cette (très pertinente malgré son titre racoleur) tribune du Monde ? Ou de donner des cours en anglais dès la licence ?

Rédigé par Algue

Publié dans #éducation

Repost 0
Commenter cet article