Orientation, la jungle

Publié le 6 Février 2011

Une fois n’est pas coutume, hier matin, la façade austère de l’université Paris Descartes rue des Saints-Pères prêtait à sourire. Au-dessus de la lourde porte close, une banderole colorée annonçait une journée portes ouvertes. Journée que j’ai passée à présenter la nouvelle licence Frontières du Vivant, sur laquelle je travaille depuis septembre et qui m’a un peu tenue éloignée de cette page ...

Étudiante, je n’ai jamais mis les pieds à un salon d’orientation. Dans ma ville, il y en avait un chaque année. Aujourd’hui, à Paris mais pas seulement, ils pullulent. Leila, ma voisine de stand, étudie à Paris 5 et participe régulièrement à des opérations de promotion de la fac dans des lycées ou sur des forums. Plusieurs fois, hier, des lycéens ou des étudiants l’ont reconnue. Les personnes qui fréquentent les portes ouvertes sont des habituées de événements d’orientation. Pourtant, les étudiants et les familles avec qui j’ai discuté semblaient pour le moins perdus.

Le système L ... M ... D ? mais c’est quoi ? *
Une licence, c’est comme un concours ? **
Pour faire de la biologie, un IUT c’est mieux que la fac, non ? ***

Vous vous dites que ces étudiants ne sont pas doués ? Tapez donc «orientation» dans Google, nous ne serez pas déçus. Le site de l’ONISEP est illisible. Les informations générales sur les filières ne sont pas mises en valeur, la page d’accueil sur l’après-bac passe du coq à l’âne. A part l’ONISEP, tous les sites sur la page de résultats sont commerciaux. Sur un site comme l’Étudiant.fr, seules les écoles privées peuvent se permettre se s’offrir une visibilité importante. L’université est très mal représentée.

Pire encore, le site orientation.fr, 2° résultat Google, est un scandale de partialité : sous-titré orientation pour l’égalité des chances, il ne parle que des formations courtes et/ou professionnelles. Son dictionnaire de l’égalité des chances définit ainsi la licence : «Située juste après la deuxième année de DEUG, elle marquait l'entrée dans le deuxième cycle, qui durait normalement deux ans (licence et maîtrise).» Ce n’est pas faux bien sûr  ... mais cela sous-entend que la licence n’existe plus ! Évidemment, impossible de savoir qui se cache derrière orientation.fr. Qui peut avoir intérêt à maintenir dans l’ignorance les lycéens, à leur cacher l’existence des formations longues ? Qui peut être assez cynique pour viser particulièrement ceux qui se sentent concernés par la bannière égalité des chances ?

 

Orientation.jpg

 

Heureusement, il existe beaucoup d’initiatives pour aider ces jeunes-là à trouver leur voie dans la jungle de l’offre de formations post-bac (je trouve que le dessin de Gérard Mathieu ci-dessus la représente ci-bien que je me suis permis de l'emprunter). Mais j’ai parfois l’impression que les moyens de leurs adversaires sont tellement disproportionnés ...

* tout le système français d’enseignement supérieur est censé s’organiser en trois niveaux : licence - master - doctorat. Plus de détails sur le site du ministère 

** pas de numerus clausus pour les licences. L’obtention du diplôme est conditionnée par la réussite à un examen.

*** pour choisir entre un IUT et l’université, il faut évidemment se poser non seulement la question du domaine dans lequel on souhaite travailler, mais du type d’emploi qu’on vise à la sortie. Même si des réorientations sont possibles, l’université prépare plus naturellement à des études longues et à des métiers de type ingénieur ou chercheur, tandis que l’IUT forme des techniciens.

Rédigé par Algue

Publié dans #éducation

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