Peace & Love & Crocus

Publié le 29 Mars 2010

Crocus time !

Il y a eu quelques fausses alertes au printemps ce mois-ci, comme l'arrivée de crocus il y a trois semaines, qui se sont fait ensevelir par la neige sitôt fleuris. Puis les températures se sont brutalement élevées et on a senti que l'hiver était (enfin) fini pour cette année. Les jours sont plus longs, les oiseaux chantent, des bourgeons apparaissent ... tout cela donne envie de raconter des histoires.


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Marie et Maria

 

Marie est française, Maria est allemande. Pendant leur adolescence, elles ont correspondu et passé l’été l’une chez l’autre. Banal, me direz-vous ? Certes, mais Marie est ma mère et tout ceci se passait dans les années soixante, soit quinze ans à peine après la guerre, dans une ville – Lorient- que les Alliés ont presque intégralement rasée dans l’espoir (vain) de détruire la base sous-marine allemande qu’elle abritait. Ma grand-mère, dont la maison a été bombardée, qui a grandi dans la ville occupée, puis en exil, puis dans une baraque pendant la reconstruction, aurait-elle accepté un Allemand chez elle s’il ne s’était pas agi d’une fillette blonde de 12 ans ? A une époque où elle gardait encore en stock les chaussures usées de la famille parce qu’on ne sait jamais, une autre guerre était toujours possible ?

 

Sans doute pas. Elle a pourtant accueilli Maria, envoyé ses filles en Allemagne, les a encouragées à apprendre la langue. Sans elle, qui sait si ma tante aurait enseigné l’allemand, si ma sœur l’aurait étudié, si je me serais installée ici ? Maria a retrouvé Marie cette année grâce à Internet. En revenant de Göttingen où elle me rendait visite, ma mère s’est arrêtée à Heidelberg pour des retrouvailles après 35 ans.

Les ballons d’Eric

J’ai raconté cette histoire au laboratoire et elle a laissé rêveur un de mes collègues. Eric a 30 ans : dans son enfance, l’Allemagne était coupée en deux. Tous les moyens étaient bons pour franchir le mur. Physiquement bien sûr , grâce à de faux passeports ou uniformes, à des tunnels, tyroliennes ou autres valises truquées, mais aussi symboliquement. Ainsi la famille d’Eric envoyait-elle vers l’Est des messages accrochés à des ballons de baudruche. L’un d’eux trouva sa cible et les deux familles s’échangèrent nouvelles et cadeaux par la poste. Sans jamais se rencontrer. Et si je les recherchais ? songeait Eric à voix haute …

 

Faites des sciences, pas la guerre !

 

Le mur de Berlin est tombé, mais d’autres subsistent, comme à Jérusalem. Partout où il y a des conflits, ce sont les enfants et les jeunes qui représentent le plus grand espoir de réconciliation. Faire se rencontrer autour de problèmes scientifiques des jeunes issus de pays en guerre, les faire dialoguer avec la rigueur, l’objectivité et la méthode qui requièrent la science pour contruire le respect et la compréhension mutuelle, c’est l’objectif de l’atelier Consol, qui aura lieu le mois prochain à Paris. Et si on pouvait décider d’écrire de belles histoires ?

Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love

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Catherine RAMM 20/04/2010 00:20


Bravo Anne pour tous ces petits billets qui me font voyager dans l'espace et le temps.
Très joliment écrits et qui garderont aussi pour toi, j'espère, tout frais, de beaux souvenirs bien vivants de Gottingen.
Karim (ScAc) me parlait de toi avec un peu de nostalgie la semaine dernière... si tu permets je lui ferai connaître Algue ?
Je t'embrasse, merci encore et au plaisir d'avoir encore des nouvelles de toi !!


Algue 21/04/2010 07:49



Merci Catherine !


Si cela peut rassurer Karim (à qui tu peux évidemment transmettre l'adresse de ce blog), de mon côté je suis aussi drôlement nostalgique de la Science Ac ' ... mais je reviendrai.