Un Girls' Day sans garçons

Publié le 1 Mars 2010

GirlsDays.jpgLe 22 avril prochain, l’institut où je travaille ouvre ses portes à de jeunes visiteuses à l’occasion du Girls' Day : une journée où les filles de 10 à 15 ans, au lieu d’aller en classe, vont découvrir sur le terrain des métiers réputés peu féminins. Parmi eux, les métiers de la recherche scientifique : technicien, ingénieur, chercheur.

 

Cette année, pour la première fois, les chercheuses de l’institut ont décidé de tout organiser toutes seules. Pas d’atelier animé par des hommes ! Concevoir des activités variées, pertinentes et sexy, cela ne nous fait pas peur. Le problème, c’est qu’il faut les animer. En allemand. Et que nous sommes presque toutes étrangères. Voilà comment je me suis retrouvée à être l’animatrice germanophone de mon atelier, ce qui me vaut des journées entières sur Wikipédia et Pons.de. Alors qu’il aurait été tellement plus simple de demander l’assistance d’un collègue masculin …

 

Certes, mais deux études récentes soutiennent notre démarche. La première* porte sur des étudiantes de science, à qui on projette une vidéo d’une conférence scientifique. À un premier groupe, on montre une conférence « réaliste », avec trois quarts d’hommes. À l’autre, la même conférence, mais dans une version « idéale », où hommes et femmes sont également représentés. On demande ensuite aux jeunes filles si elles auraient aimé participer à la conférence. Celles du deuxième groupe répondent plus souvent oui. Il semble donc que les spectatrices du premier groupe se soient senties exclues.

 

La seconde étude** explore le lien entre les performances relatives des garçons et des filles en sciences et les préjugés implicites liés au genre dans différents pays. Sans surprise, ils montrent que plus il existe dans un pays de préjugés liés au genre et aux sciences, plus les filles ont de difficultés dans les matières scientifiques. Ce qui renforce les préjugés dans la tête des gens … Les auteurs préconisent donc, pour enrayer cette spirale, d’aborder le problème sur les deux fronts : aider les filles à améliorer leurs résultats scolaires (par exemple en formant les professeurs à la question du genre), et travailler sur l’image des métiers pour les rendre moins sexuées. En exposant le public à des images de femmes scientifiques, ce que font,en France, les ambassadrices qui vont à la rencontre des lycéens ; mais aussi d’hommes littéraires, secrétaires ou … sages-femmes).

 

Vous croyez que vous n’avez aucun préjugé sur les femmes, les vieux, les Noirs ? Pour le vérifier, allez donc faire un tour sur le site des auteurs. Vous découvrirez par quelle méthode les expérimentateurs en psychologie mesurent les préjugés, ce qui est assez amusant, et en vous portant volontaire pour une expérience (qui dure 15 minutes tout au plus), vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à faire avancer la science.

 

* Murphy MC, Steele CM, Gross JJ (2007) Signaling threat: How situational cues affect  women in math, science and engineering settings. Psychol Sci 18:879 – 885.

 

** Nosek BA & al (2009) National differences in gender–science stereotypes predict national sex differences in science and math achievement, PNAS 106:10593-10597

Rédigé par Algue

Publié dans #féminisme

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Magda 29/03/2010 14:20


Oui... c'est désespérant. As-tu entendu la diatribe récente de Badinter sur ce sujet? Pour elle, ne pas faire d'enfants serait la nouvelle forme possible du féminisme. Et comme on le sait, elle
combat depuis longtemps la théorie éculée de l'instinct maternel. Extrême, certes, mais pas dénuée d'intérêt du tout.


Algue 12/04/2010 22:01



Dans la série des best-sellers un peu polémiques, j'ai choisi Aubenas et pas Badinter, donc je n'ai pas lu le livre, juste des entretiens. Je n'avais pas l'impression que c'était si extrême que
ça (féminisme = ne pas faire d'enfants), et je me sens plutôt en accord avec elle quand elle dit que la pression se fait plus grande pour que les mères retournent à l'allaitement, aux couches
lavables et disent non à la péridurale. On en trouve même qui sugèrent d'abandonner la pilule pour retourner à cette brave méthode Ogino ! Ca fait rêver ...



Magda 24/03/2010 20:37


A vrai dire, je trouve que les femmes, dans le milieu professionnel, sont quasiment toujours défavorisées. Elles ont beau toute étudier dans la culture par exemple (le nombre de filles en
"médiation culturelle"!!!) une fois sur le marché du travail, elles seront reléguées à des postes subalternes, presque toujours.
Combien de metteurs en scène femmes? Combien de réalisatrices? Dans l'art, elles se font bouffer. Le machisme, voire la misogynie, règnent dans ces milieux gauche caviar.
Et en politique, c'est presque une blague... à Sciences Po, les filles font 'com' et les garçons préparent l'ENA...


Algue 28/03/2010 01:47


Et oui ... Et le problème, c'est que souvent les filles se relèguent elles-mêmes aux postes subalternes, en ne se portant pas candidates pour les autres. Donc cela dépasse la simple misogynie, et
les garçons peuvent facilement répliquer, en toute bonne foi, que si les filles veulent aller à l'ENA, elles n'ont qu'à pas choisir la filière com' ...

La question est donc de comprendre pourquoi elles ne cherchent pas plus à s'imposer : leur soif de pouvoir est-elle moindre ? Se sentent-elles moins capables ? Pressentent-elles qu'on leur mettra
des bâtons dans les roues ?

Et qu'advient-il de toutes ces filles qui s'orientent vers des carrières moins prestigieuses ? S'y épanouissent-elles ? Combien d'entre elles regrettent de ne pas être à la place de leur chef ? Je
pense qu'au moment de choisir, beaucoup se disent qu'il est vain de faire la course contre les garçons, que les honneurs qu'il y a à y gagner n'en valent pas la peine. Je comprends ce sentiment
mais ne changent-elles pas d'avis quand le soir, un ou plusieurs enfants plus tard, elles attendent le retour de leur mari en faisant le ménage ?