Publié le 28 Août 2016

Photographie de Sébastien Van Malleghem
Photographie de Sébastien Van Malleghem

Au début de l'été, des chercheurs anglais ont publié une étude visant à évaluer l'empreinte carbone des crimes commis en Angleterre et au Pays de Galles.

D'après eux, les politiques judiciaires se basent sur une estimation du coût économique et social de la criminalité, sans tenir compte de son impact écologique. Que faudrait-il changer si l'on voulait également tenir compte des conséquences sur l'environnement ?

Pour calculer l'empreinte carbone d'un crime, il ont additionné les conséquences directes (quand une voiture a été volée, il faut la remplacer, on connaît donc le coût écologique de la fabrication de la nouvelle voiture) avec le coût attribué au fonctionnement de l'institution judiciaire. Ainsi, le crime ayant le plus grand impact sur l'environnement - de très loin, comme le montre la figure ci-dessous - est l'homicide, puisqu'il implique que le coupable passe ensuite de nombreuses années en prison. Ce que je n'ai pas bien compris, c'est si ce graphique mesure simplement l'empreinte carbone de la prison, ou le surcoût par rapport à l'empreinte carbone qu'aurait eue le coupable en continuant à vivre en liberté.

Empreinte carbone en tonnes d'équivalent CO2, classée par type de crimes.

Empreinte carbone en tonnes d'équivalent CO2, classée par type de crimes.

Les homicides étant heureusement rares, ce sont en fait les cambriolages qui pèsent le plus lourd dans le bilan carbone des crimes outre-Manche, en raison du grand nombre de biens à remplacer - même si les auteurs remarquent qu'il est difficile de savoir si les victimes n'auraient pas continuer à dépenser et consommer même en l'absence du cambriolage.

D'après eux, il serait donc judicieux d'investir dans des politiques de prévention ciblant spécifiquement les cambriolages. En ce qui concerne les homicides, ils déclarent que la sévérité de la peine ne doit pas être infléchie par des considérations écologiques, mais suggèrent qu'il est certainement possible d'améliorer, à durée de peine constante, le bilan carbone des prisons.

Shane Bauer, journaliste à Mother Jones, s'est justement intéressé à étudier de l'intérieur le fonctionnement d'une prison. Pour cela, il s'est engagé comme surveillant pénitentiaire dans un établissement privé de Louisiane. A lire le terrible (mais passionnant) récit de ses quatre mois d'infiltration, on se dit qu'il y a bien plus à travailler que le bilan carbone. En raison du manque de personnel, les détenus passent souvent des journées entières dans leur cellule sans pouvoir mettre un pied dans la cour ; les cours sont sans cesse annulés ; certains détenus n'ont droit qu'à un repas par jour ; d'autres ont dû être amputés faute d'avoir reçu les soins appropriés à temps ... Ce témoignage serait tout à fait désespérant s'il n'avait pas été suivi d'action. Mais suite au reportage de Shane Bauer, les autorités ont exigé des efforts de l'entreprise qui gérait la prison : plus d'activités, de temps de récréation, une meilleure formation des gardiens. L'entreprise, jugeant cela trop coûteux, a jeté l'éponge et mis fin prématurément au contrat qui la liait à l'état de Louisiane. Reste à savoir si les remplaçants seront à la hauteur. On peut en tous cas espérer qu'ils seront suivis de plus près.

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Publié le 6 Juillet 2016

Le café, l'Aïd et le 49.3

Aujourd’hui, j’étais en visite dans un laboratoire ami. La journée a commencé par quelques nouvelles autour d’un café réchauffé au micro-ondes. La femme de ménage, très gentille, est intervenue pour nous signaler que notre jus de chaussettes avait probablement stagné longtemps au fond de la cafetière italienne, et qu’il fallait se méfier des champignons qui y avaient peut-être poussé.


Après un bref échange sur l’art et la manière de préparer un café décent, nous convenons de nous retrouver pour le café demain matin. La femme de ménage, appelons-la Ibtissem car elle le mérite bien (cela signifie Sourire en arabe), nous promet même des pâtisseries maison qu’elle a confectionnées pour fêter ce soir l’Aïd el Kebir. Ibtissem élève seule deux enfants de 18 et 20 ans et termine vendredi son contrat d’un mois - elle effectuait un remplacement. Le responsable de son équipe chez la société qui l’emploie lui avait proposé une autre mission, mais il fallait commencer hier. Tant pis pour Ibtissem, ce sera le chômage la semaine prochaine. Au mois d’août, salariés et fonctionnaires de mon espèce seront en vacances. Les locaux seront fermés et il n’y aura pas de travail pour Ibtissem - mais elle devra se tenir prête au cas où. Sinon adieu les indemnités. Alléchant programme, pendant que d’autres savourent leurs congés payés au bord de la mer.


Je repense au temps de ma thèse et au monsieur taciturne, appelons-le Roger, homme de ménage salarié par l’école, qui s’occupait du nettoyage de notre salle de manips, et qui est décédé depuis. Le travail de Roger n’était certes pas gratifiant, et c’est peu dire qu’il n’avait pas l’air de s’y épanouir, mais cet emploi lui épargnait tout du moins l’extrême précarité dans laquelle vit Ibtissem. A grappiller des heures à gauche et à droite, elle n’a même pas de collègues avec qui partager un peu le poids du quotidien …


Réalisent-ils tout cela, les apôtres de la flexibilité, les promoteurs de compétitivité qui rédigent des lois travail pour protéger les pauvres patrons des exigences délirantes de leurs salariés ?

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Rédigé par Algue

Publié dans #politique, #49.3, #peace&love, #travail, #ménage

Publié le 3 Juillet 2016

Titanic, une merveillause machine du théâtre cinématique Sharmanka à Glasgow

Il y a une dizaine d’années déjà, j’obtenais mon diplôme d’ingénieur. Mes anciens camarades travaillent dans de nombreux domaines : parmi ceux qui n’ont pas vendu leur âme au diable ne travaillent pas dans une banque, certains produisent ou réparent des centrales nucléaires, d’autres des voitures, d’autres encore des vitres ou des fours industriels. Moi, devenue enseignant-chercheur, je fabrique des ingénieurs.

Le cahier des charges est compliqué. Les entreprises veulent des compétences hyper-pointues dans des domaines qui sont à la mode aujourd’hui (ou à la rigueur demain, mais plutôt tôt le matin), et qui sauront leur faire gagner plein d’argent. Nos étudiants veulent un diplôme reconnu le plus largement possible, qui leur ouvrira un maximum de portes tout au long de leur carrière. L’État qui nous finance veut (enfin je crois, enfin j’espère, peut-être que je projette un peu) que ces diplômés contribuent à un monde meilleur.

Comme je suis un peu hippie, le dernier point me tient à cœur. En plus, je suis convaincue que les approches court-termistes ne sont pas les plus payantes pour les entreprises.

Ce semestre, dans le cadre d’un cours, trois de mes étudiantes devaient rencontrer un industriel pour l’interroger sur un produit de son entreprise. Un des points faibles de ce produit est la durée de vie de sa batterie. Question logique de mes étudiantes « Alors, votre entreprise fait-elle de la R&D pour allonger la durée de vie des batteries ? ». Réponse consternante de l’ingénieur « Surtout pas ! Quand la batterie est morte, nous changeons le dispositif complet. Les professionnels qui les installent sont eux aussi très satisfaits de pouvoir intervenir régulièrement. » (Qu’on me dise après que l’obsolescence programmée n’existe pas …) « Qui est cette personne ? » me suis-je emportée. Et bien, c’est un ancien élève. Je ne suis pas bien fière de moi.

Pourtant, nous essayons de faire réfléchir nos ingénieurs au-delà de leur nez (collé sur un tableau Excel). Ils suivent des cours d’éthique, de sociologie, de civilisation … Visiblement, malgré tout, certains planent encore.

Je me console en lisant le Manifeste de l’ingénieur critique. En me demandant si j’ai un espoir de faire rentrer ces principes dans le crâne de mes étudiants, et si ce sera plus ou moins facile que la théorie des poutres ou les équations de la mécanique des fluides. Bah, le cahier des charges n’en était pas à une ligne près …

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Rédigé par Algue

Publié dans #ingénieur, #éducation

Publié le 5 Juin 2016

Policiers vus du jardin Villemin
Policiers vus du jardin Villemin

Hier, voitures et motos de la police fonçaient à toute allure à travers le X° arrondissement de Paris. Dans la queue du supermarché, les voisins y allaient de leurs suppositions "Il y a une manifestation dans le coin ? Non, mais il paraît qu'ils vont évacuer Nuit Debout ce soir". Après le passage à la caisse, on voyait des gyrophares dans toutes les directions. Curieuse, je me suis dirigée vers la place de la République pour voir si la rumeur disait vrai.

Impossible d'accéder à la place : plusieurs barrages de policiers bloquaient le quai de Valmy. "Pour nous protéger des débordements d'une manifestation anti-fasciste" (ou pour nous dissuader de rejoindre la suivante, qui partait de République à ce moment-là et à laquelle ils n'ont pas fait référence ?). Les grilles du jardin Villemin (le seul parc du X° arrondissement) étant fermées, j'ai demandé si l'accès au parc était interdite. En soupirant, un policier m'a dit que si j'étais très motivée, je pouvais faire le tour du pâté de maison et entrer par l'autre côté. Une fois dans le jardin, une employée municipale a à nouveau essayé de m'empêcher d'approcher du quai en faisant mine de m'aider à trouver la sortie. Une fois aux premières loges pour assister à la manifestation, quelle déception ! Trente manifestants tout au plus face à une vingtaine de CRS surarmés. Cela valait-il la peine de bloquer tout le quartier ? Je reconnais qu'il y a eu des dégradations : de nouveaux tags sont apparus sur les immeubles du quai de Valmy, et des vitres étaient étoilées. Mais les gens que j'ai vus face à la police étaient pacifiques.

Ce matin, une dizaine de cars de CRS étaient stationnés en bas de chez moi. A 18h, comme ils n'avaient toujours pas bougé, j'ai demandé ce qu'il se passait. "Rien du tout. Ne vous inquiétez pas. Nous faisons de la sécurisation". Savent-ils combien de temps il vont rester ? "Aucune idée". Soit ils sont vraiment mal organisés, soit ils se payent ma tête.

Et puis si, mesdames et messieurs les policiers, que cela vous plaise ou non, je m'inquiète. Parce j'en ai fréquenté, des endroits que vous qualifiez de dangereux, la nuit comme le jour. Pourtant, la seule fois où j'ai été victime d'une agression cette année, c'était de la part d'un collègue à vous. Alors que j'étais debout, immobile, silencieuse, à une distance respectueuse de vous, et que personne autour de moi ne vous menaçait. Je suis inquiète de voir les rues de ma ville se remplir de gaz lacrymogène de façon préventive, "pour ma sécurité". Je suis fâchée que l'on m'ordonne de circuler, parce que la rue est à tout le monde, et à moi aussi. Je suis inquiète de voir que l'on manipule les faits pour présenter toute possibilité de contestation comme une source de violence, un acte criminel et risqué dont tout honnête citoyen s'abstiendrait.

Cela commence comme ça. On nous prévient gentiment que la rue est dangereuse et que nous ferions mieux de rentrer chez vous. Comme cela, si nous prenons un jour une balle perdue, ce sera notre faute. C'est toujours tellement plus facile de condamner les victimes !

Et bien je ne suis pas d'accord. Je refuse que l'on m'enferme chez moi. Ce n'est pas plus acceptable au nom de la sécurité qu'au nom de quelque religion que ce soit. Mesdames et messieurs les policiers, que cela vous plaise ou non, je reviendrai vous poser des questions et vous demander des comptes.

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Rédigé par Algue

Publié dans #politique, #police, #Nuit Debout, #peace&love, #manif, #liberté, #absurde

Publié le 4 Mai 2016

En avril 2016, la préfecture de police a été condamnée 135 fois par le tribunal administratif pour non-respect de la procédure d’accueil des demandeurs d’asile.

Comme l’explique le collectif Asile en Ile-de-France dans son communiqué, la demande d’asile s’effectue normalement en trois jours, mais en raison du rationnement des rendez-vous mis en place par les autorités, elle prend en pratique plusieurs mois, pendant lesquels les demandeurs, pas encore enregistrés, n’ont droit à rien. Ni aide au logement, ni allocation de survie. Il faut ajouter à ce sinistre constat le fait que les droits des demandeurs d’asile enregistrés sont bafoués également, en particulier l’accès à un logement temporaire.

Les seules initiatives positives et/ou raisonnables qui émergent le font à l’encontre de l’Etat : la construction du camp de Grande Synthe ou l’occupation récente du lycée Jean Jaurès à Paris. Celui-ci est désaffecté depuis 2011, mais le tribunal a néanmoins décidé vendredi qu’il devait être évacué de toute urgence. Valérie Pécresse, présidente de région, a même promis un recours à la force, ce qui est fort inquiétant quand on voit déjà le niveau de violence des "interventions pacifiques de mises à l'abri" précédemment menées. Je suis assez d’accord avec ces mots de Nicolas Hulot dans Le Monde :

« Ce qu’a fait Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, sur sa seule volonté et contre l’avis de l’Etat, avec l’aide de Médecins sans frontières pour transformer un cloaque en camp digne de ce nom, n’est-il pas un exemple reproductible ? Ce qu’a décidé la commune de ­Cancale (Ille-et-Vilaine) en mettant à disposition un hôpital désaffecté pour des dizaines de familles ne peut-il pas être une initiative qui inspire un plan national ? Au passage, soulignons que, dans ces deux cas, tout s’est fait avec le soutien de la population et sans le moindre incident. Précisons aussi qu’à Grande-Synthe, une permanence humanitaire est assurée entre autres par des bénévoles bretons qui, d’habitude, organisent le festival des Vieilles Charrues. »

Lundi soir, un rassemblement de soutien était organisé au lycée Jean Jaurès en réponse aux menaces d'évacuation. En arrivant, j’’ai été plutôt agréablement surprise : la foule était plus nombreuse que ce à quoi je m’attendais. Depuis l’intérieur du bâtiment, derrière leur façade de verre, les migrants nous regardaient applaudir, groupés sous le crachin, les discours de leurs soutiens que nous entendions à peine. Plus tard, deux crétins sur un scooter ont forcé les palissades disposées par les militants et ont foncé dans le tas. Personne n’a été blessé, et la manifestation s’est poursuivie autour d’un repas partagé. Il y avait là quelques caméras, maniées me semble-t-il plutôt par des militants que par des journalistes, même si certains étaient présents, notamment le Bondy Blog.

Lors de ma première visite au lycée, j’étais arrivée, pas de chance, une minute après une voiture de police. Qui avait foncé dans la rue Clavel, sirène à fond, pilé à grand bruit devant le lycée, embarqué une personne puis disparu. Suite à ce rodéo dont je n’avais pas compris le sens (mais en avait-il un ?), migrants et soutiens s’étaient retranchés dans le bâtiment. Ne restaient dans la rue que moi et deux journalistes, qui tentaient de me soutirer des informations sur ce qu’il se passait à l’intérieur. Elles avaient fini par trouver un porte-parole à interroger, et moi un habitant du lycée avec qui engager la conversation, tout en écoutant d’une oreille les questions posées (selon moi très orientées - je pense que la journaliste avait pour but de démontrer que l’accueil de ces migrants était impossible, et elle aurait visiblement préféré couvrir une scène d’affrontements avec les policiers). Je me suis dit que son reportage ne ressemblerait pas du tout à l'instant que j'étais en train de vivre. Cela me rappelle un peu le ressenti de certains de mes amis par rapport à la couverture médiatique de Nuit Debout, bien résumé par ce dessin.

Nuit Debout et les médias (emprunté à la page de Nuit Debout)

Nuit Debout et les médias (emprunté à la page de Nuit Debout)

C’est ça la France ? La question est posée sur une banderole qui décore la façade du lycée Jean Jaurès. Oui, en ce moment, c’est ça la France. Elle file un mauvais coton, et les Français sont loin d’être les premiers à le dire. Nous ne sommes pas démunis face à cette dérive autoritaire et nationaliste. En plus de nos yeux pour pleurer, nous avons des jambes pour manifester, des mains (et des souris) pour pétitionner (ici contre la vente d’armes), nos porte-monnaie pour soutenir ceux qui plaquent leur travail pour se consacrer aux tâches que l’Etat a abandonnées (Thot, par exemple, qui organise des cours de français pour les migrants ou Salam et le BAAM dont j’ai déjà parlé plus tôt). Et surtout, des yeux pour voir et un cerveau pour penser. Sortons de chez nous, regardons, parlons en famille, avec nos amis, plutôt que laisser BFM TV et Internet commenter à notre place. La liberté de penser, cela se travaille, et c’est notre meilleur rempart contre la dictature qui menace.

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Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love, #politique, #migrants, #police, #manif, #liberté, #absurde, #media

Publié le 26 Avril 2016

La première fois que j’ai vu une clé USB, c’était en cours d’anglais. J’étais étudiante en école d’ingénieurs, nous avions un exposé à faire, j’utilisais un diaporama pour la deuxième fois de ma vie, et je regardais avec incrédulité un de mes camarades qui était venu les mains dans les poches, sans son ordinateur. « T’inquiète pas, j’ai ma présentation là-dessus », avait-il fait en sortant de sa poche un porte-clés minuscule. Émerveillement.

Tout cela pour vous dire que, même si je fais partie des jeunes enseignants dans l’université où je travaille maintenant, j’ai été élevée avec des méthodes à l’ancienne : tableau noir, craie, copies doubles, polys et bibliothèque. A titre d'exemple, voici un extraite d'un de mes cours de master (pour les curieux, il s'agit d'une introduction à la physico-chimie des polymères).

Bel exemplaire de copie double : extrait d'un cours de physico-chimie des polymères

Bel exemplaire de copie double : extrait d'un cours de physico-chimie des polymères

Dix ans plus tard, mes étudiants ont des réflexes différents. Ils écrivent moins, d’abord. Cela me fait un peu bizarre de parler devant un public qui ne prend pas toujours de notes, et qui photographie le tableau à la place. Ils lisent également moins, ou différemment. Des collègues américains se sont inquiétés du fait que leurs étudiants ont de plus en plus de mal à lire des livres en entier. Or les livres, expliquent-ils, permettent de développer dans une détail une pensée subtile, ce qui n’est pas possible dans un format plus court. Lire des livres serait donc une étape indispensable pour forger ses capacités de réflexion, d’argumentation, et s’approprier des concepts complexes. Ils proposent donc d’immerger les étudiants plus tôt dans la lecture, en établissant une liste d’ouvrages à l’attention des lycéens et des enseignants du secondaire.

D’un côté, j’ai trouvé la démarche constructive. Ambitieuse aussi, car je me suis d’abord souvenue avoir été une étudiante assez scolaire qui apprenait grâce aux supports de cours plus que dans des livres lus indépendamment des cours. Ce qui n’est pas tout à fait exact, car à la réflexion j’ai été profondément marquée par des classiques, notamment par les Problèmes de philosophie de Bertrand Russell. Cette lecture abordée en terminale (mais qui a bien du me prendre un an) m’ont aidée à appréhender la nature du contenu de mes études scientifiques.

Recommanderais-je les mêmes titres à mes étudiants ? Les livres que j’ai prêtés à mes collègues ou élèves sont plutôt des livres de non-fiction anglo-saxonne contemporaine, parfois adossés à des études scientifiques, mais toujours racontés à la sauce storytelling. Désolée pour le franglais, je ne vois pas vraiment de traduction appropriée, ce n’est pas tout à fait de la vulgarisation, plutôt de la mise en scène de problématiques intellectuelles dans un récit. Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier certains de ces livres, et de les considérer comme un bon moyen d’éveiller curiosité et esprit critique chez leurs lecteurs.

Une autre partie de moi se demande dans quelle mesure nous devons contraindre les étudiants à se plier aux méthodes de l’université, ou si nous devons adapter nos manières d’enseigner aux habitudes du monde actuel. OK, j’apprends moi-même en prenant des notes (oui, même lorsque je suis un MOOC), mais dois-je conseiller à mes étudiants, biberonnés à Wikipédia et aux conférences TED, de faire de même ? Loin de moi l’idée qu’Internet suffit à l’apprentissage. Je suis convaincue de l’intérêt d’un accompagnement humain dans l’apprentissage, mais je me demande comment perfectionner cet accompagnement.

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Publié le 19 Avril 2016

Dimanche, après avoir discuté avec les militants du stand de soutien aux réfugiés à la Nuit Debout, je suis restée assister à l’assemblée générale.

La Nuit Debout est structurée en commissions, qui se réunissent en petits groupes thématiques et décident d’actions, ou de rédiger des propositions. Lors de l’assemblée générale, des représentants de ces commissions se succèdent, et leurs interventions sont entrecoupées de prises de parole libre par des citoyens ayant demandé à s’exprimer. Les temps imparti à chacun est court (3 minutes). Le public - plusieurs centaines de personnes - est assis par terre (comme le nom de Nuit Debout ne l’indique pas), et réagit avec des gestes codifiés.

Le langage des signes de la Nuit Debout (image Idé)

Le langage des signes de la Nuit Debout (image Idé)

L’enseignante que je suis ne peut s’empêcher d’être émerveillée devant une assemblée si nombreuse et si disciplinée (d’autant plus qu’il s’agit de Parisiens). La militante associative que je suis, qui a vu tant d’AG, de bureaux ou de CA tourner au pugilat, s’ébahit du fonctionnement de règles pourtant si simples.

Mais alors, qu’est-ce qui se raconte ici ? La plupart du temps, diverses revendications déjà entendues ailleurs et plutôt floues : davantage de justice sociale, sobriété économique, solidarité, respect de l’environnement. Plus concrètement, certains groupes organisent des manifestations, des rencontres avec des élus pour trouver des solutions pour des familles mal-logées (notamment les habitants de l’immeuble de Saint-Denis où Abaoud a été abattu, dont le logement a été endommagé lors de l’assaut du RAID et qui n’ont pour l’instant toujours pas obtenu le statut de victime du terrorisme).

Une jeune femme, Léa (?), lors d’un temps de parole libre, évoque le cas d’Alain Finkielkraut, malmené la veille sur la place. Venu avec son épouse écouter les débats sans intention de prendre la parole, il a été reconnu et pris à partie par des individus qui l’ont chassé. Les grands médias ont relaté cet incident en long, en large et en travers, l’assimilant à une dérive sectaire du mouvement et prédisant son effondrement comme une conséquence logique de l’incident.

Alain Finkielkraut n’est pas un inconnu pour moi. J’ai suivi ses cours, il y a bientôt quinze ans de cela. « Prométhée et la question des limites », cela s’appelait. A l’époque, jeune et naïve comme je l’étais, coupée du monde dans mon campus perdu dans les champs de maïs, j'ignorais qu'il épanchait dans les journaux sa haine du métissage. En amphi, Finky semblait déjà aigri et je faisais partie des rares étudiants qui l’écoutaient sagement malgré son manque absolu d’enthousiasme et d’amabilité. Quelques années plus tard, alors que le sujet de son cours était devenu « la question du vivre-ensemble », certains (anciens) élèves, inquiets de la résonance entre ce thème et celui de ses nombreux dérapages médiatiques, avaient tenté de le faire virer. En vain : il est parti à la retraite avant, avec tous les honneurs (notamment celui d'avoir été cité comme source d'inspiration par le terroriste Anders Breivik).

Confit dans ses peurs, notre retraité désormais académicien squatte toujours les plateaux de télévision pour expliquer que la civilisation se perd, la faute aux jeunes qui sont des sauvages, surtout ceux qui sont issus du métissage, ce procédé infâme par lequel la noble culture occidentale est diluée dans la boue. Quel besoin avait-il de venir place de la République ? Ce n’est pas l’attrait de la tribune : pour s’exprimer publiquement, on lui offre régulièrement une bien plus grande visibilité. Pensait-il sincèrement être bien accueilli par une foule majoritairement jeune et de gauche ? J’ai du mal à le croire. Reste une hypothèse crédible bien que nauséabonde : il a provoqué le scandale, dans le but de pouvoir (une fois de plus) se présenter comme une victime et décrédibiliser l’ensemble d’une initiative qui lui déplaît.

Quelles qu’aient pu être ses motivations, il était évidemment idiot de l’insulter. Il aurait suffi de l’ignorer. Ou même de le mettre poliment au défi de débattre avec les manifestants présents, dans le même climat de respect mutuel qui est le lot des anonymes. Mais visiblement, sur la place, tout le monde n’est pas de cet avis. « Alain Finkielkraut n’a rien à faire ici, les valeurs qu’il défend sont incompatibles avec le mouvement, c’est normal qu’on lui ait demandé de partir » répond à Léa un jeune homme. De quoi donner du grain à moudre à Finky, qui note avec justesse « C’est formidable cette agora où tout le monde ne peut pas parler. »

Léa propose un atelier le lendemain pour discuter la question et faire une proposition de communiqué au nom de l’ensemble du mouvement. Ce communiqué, les grands médias semblaient l’exiger une minute après l’incident. Redonner le temps aux représentants d’un groupe de réfléchir avant de se prononcer au nom de tous me paraît une initiative saine. J’aurais aimé assister aux échanges de lundi. Finky est une personnalité clivante. La plupart du temps, parler de lui génère des conversations aussi inintéressantes que les commentaires sur les sites d’actualité. Tout le monde se mue en troll, pour la tolérance ou contre le déclin, et n’écoute même pas son interlocuteur. Apparemment, plus de 80 personnes ont participé, pour débattre de la liberté d’expression au sein de Nuit Debout, et un communiqué se désolidarisant de l’agression est en préparation.

Evidemment, je ne suis moi non plus pas solidaire des insultes ni des crachats (dont la réalité semble encore débattue). Je remarque tout de même avec un sourire amusé que lorsqu’on le rudoie, M. Finkielkraut n’est pas beaucoup plus civilisé que les autres. Au moment de son éviction, il lance « Ben oui, vous m’insultez, alors moi aussi je vous insulte, je suis humain quand même ! ». J’aimerais qu’il se souvienne que les jeunes de toutes les couleurs sont eux aussi des humains la prochaine fois qu’il déversera sur eux son venin. Du contenu de ses cours sur la question des limites, je ne me souviens pas de grand-chose. La leçon que je retiens de M. Finkielkraut se résume donc à « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Dispensable. Ce que j'ai appris à Nuit Debout ? Pas grand-chose non plus en termes de contenu, mais plus que je n'imaginais en termes de savoir-vivre. C'est un début !

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Publié le 19 Avril 2016

Dimanche, j’ai enfin pris le temps d’aller faire un tour place de la République à la Nuit Debout.

Les cinq premières minute furent inconfortables. Il y avait beaucoup de journalistes, j’avais l’impression de devoir slalomer entre les caméras pour circuler. Plus grave, le niveau sonore des interviews m’empêchait d’entendre ce qui se passait dans les débats.

Un peu plus loin, je me suis retrouvée en terrain connu, entre le stand de la commission sur les banlieues et celui du soutien aux sans-papiers. La veille, ce dernier stand s’intitulait « soutien aux réfugiés de Stalingrad », et des visiteurs avaient exprimé leur incompréhension : « Stalingrad, c’est en Russie. Pourquoi ne vous occupez-vous pas d’un sujet local ? ». Stalingrad, c’est le nom d’une station de métro parisienne sous laquelle campent plusieurs centaines de personnes depuis des mois. La dame qui tenait le stand fait partie de la poignée de bénévoles qui tentent tant bien que mal de faire en sorte que ces personnes aient de quoi manger et se couvrir. Impossible de se mettre à l’abri même sous une tente, la police veille et a prévenu : « tout ce que vous amènerez sera détruit ». Il faut les prendre au sérieux : au cours des nombreuses évacuations des précédents campements (pont de La Chapelle, halle Pajol, Jardins d’Eole), les réfugiés ont été chassés en quelques minutes, sans avoir le temps de rassembler leurs affaires qui ont fini sous le Karcher des autorités.

 

Campement de La Chapelle, Paris XVIII°, en 2015 (photo La Croix)

Campement de La Chapelle, Paris XVIII°, en 2015 (photo La Croix)

Plus grave : à quelques mètres du camp actuel, toujours au métro Stalingrad, un précédent site a été occupé, évacué puis grillagé … avant même d’être nettoyé. Cartons et matelas mouillés finissent donc de pourrir à la vue de tous. Une riveraine scandalisée m’a confié « Tout de même, quand on se donne les moyens de construire des grillages, on doit avoir celui de passer un coup de jet d’eau sur le trottoir ! Tout ceci me donne l’impression d’être organisé pour que les voisins se fatiguent de venir en aide aux migrants, pour donner la saleté en spectacle et qu’on les en tienne pour responsables. C’est lamentable ! ». Le bras de fer dure depuis près d’un an entre la Mairie de Paris, qui voudrait chasser les migrants comme des rats, et les habitants qui exigent qu’on propose à ces gens des conditions d’accueil dignes, et qui, en attendant, offrent ce qu’ils peuvent : thé, gâteaux, musique, brosses à dents et surtout compagnie aux exilés.

Bref, pour nous, habitants de Paris Nord, Stalingrad, c’est ici et maintenant, et c’est si choquant qu’on se demande bien comment le reste de la France, et a fortiori des Parisiens, peut ignorer ce qui se passe sous notre métro.

Que faire ? Tout seul, on ne peut pas accueillir 300 personnes chez soi. Mais on peut dire à nos politiciens qu’on refuse leurs manoeuvres débiles de repli sur soi. On peut soutenir (en espèces sonnantes et trébuchantes, avec nos petits bras, notre voiture ou notre matière grise) les associations qui viennent en aide aux migrants (par exemple le BAAM à Paris et Salam à Calais). Si vous avez d’autres idées, je suis preneuse.

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Rédigé par Algue

Publié dans #peace&love, #politique, #migrants, #Nuit Debout

Publié le 25 Novembre 2015

Eh bien la guerre !

Le drapeau français flotte partout à Boston. Au palais des congrès, des écrans affichent à l'unisson "Je suis Paris". Je suis à la fois touchée et gênée de ces chaleureuses démonstrations de soutien. Touchée par celles qui relèvent de l'amitié et de le compassion pour des collègues qui ont perdu un proche dans les attaques du 13 novembre, ou simplement été choquées. Gênée pour deux raisons.

D'abord, ici personne n'est Beyrouth, Tunis ou Bamako. Boston, une des villes les plus européennes des États-Unis, se sent plus proche des Français que d'autres peuples. Bien sûr l'émotion ne se contrôle pas, bien sûr il est naturel d'être plus affecté par une catastrophe qui touche un frère ou une sœur que celle qui frappe un inconnu. Mais les discours et soutiens officiels doivent-ils répondre à ce principe d'irrationalité ?

Ensuite, je me souviens de mon premier voyage aux États-Unis il y a dix ans. Un lundi matin tôt, j'étais seule à bord d'un vol New York-Chicago. Un homme est venu s'asseoir à côté de moi : "You're French, right ? Then we have to talk about Irak". Larry en voulait énormément à la France d'avoir refusé de suivre Bush dans sa campagne en Irak contre Saddam Hussein. Deux heures durant, il avait essayé de me convaincre du bien-fondé de sa guerre contre la terreur. A court d'arguments, il avait fini par invoquer la volonté divine et je l'avais renvoyé s'asseoir à sa place. A l'époque, l'Amérique n'était pas Charlie ni Paris. Que s'est-il passé depuis ? La politique étrangère de la France a changé. Maintenant, on se serre les coudes contre l'axe du mal.

Nous précédons maintenant les Américains dans la "guerre contre la terreur". Nous arrosons l'Afrique et le Moyen-Orient de bombes préventives en feignant de nous croire à l'abri des représailles. Nos bombardements, orchestré par l'État et mis en œuvre par l'armée, sont qualifiés pudiquement d'"interventions", tandis que les attentats perpétrés dans leur propre pays par des terroristes européens sont promus au rang de "guerre".

La rhétorique revancharde de l'Élysée est la même que celle de George W. Bush il y a dix ans, la stratégie de la riposte également. Ce que cette riposte apportera en termes de résultats contre le terrorisme ? Aucun, mais, vous comprenez, nous préparons les élections régionales, et il ne faudrait pas que la droite puisse nous accuser d'être mous face au terrorisme. Je suis écœurée de voir avec quel cynisme nos hommes politiques exploitent le chaos moyen-oriental - chaos qu'ils ont largement contribué à créer - dans le but de protéger leurs petits intérêts ainsi que ceux des industriels de l'armement qui, je suppose, financent grassement leurs campagnes.

Heureusement les États-Unis n'ont pas inventé que la famille Bush, ils ont aussi engendré les hippies et leurs slogans pleins de bon sens. Si on envoyait quelques messages fleuris à François Hollande pour lui dire qu'on n'y croit pas, nous, que pour résoudre le problème de la violence armée, il faut plus d'armes et plus de gens armés ? (parce que franchement, moi, quand j'ai entendu sur France Inter que les policiers auraient le droit de garder leur arme de service quand ils iraient boire un coup au bar avec leurs amis, j'ai cru à un putsch du Gorafi).

Relisez Les liaisons dangereuses, M. Hollande. La guerre, ça ne se gagne pas, même quand on est marquise de Merteuil. Tout le monde y perd, et c'est un expert militaire qui l'a démontré.

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Rédigé par Algue

Publié dans #guerre, #terrorisme, #peace&love, #USA, #politique

Publié le 17 Octobre 2015

Il y a deux jours, un lien depuis le site d’un grand quotidien m’a menée vers un article de Digischool intitulé « Femmes ingénieures, qu’en pensent les hommes ? ». J’aurais dû me méfier de cette formulation qui rappelle la présentation journalistique d’un débat d’actualité. « Le projet de loi Macron : ce qu’en pensent les buralistes ». L’existence de femmes ingénieures n’est pourtant ni un projet ni un sujet de débat, c’est un fait. Demande-t-on aux buralistes leur avis sur des faits avérés ? « L’hiver arrive après l’automne : ce qu’en pensent les buralistes », ça ne vend pas du rêve. Non, en général, quand on nous dit « ce qu’en pense » une catégorie de la population, c’est qu’on annonce une polémique.

La modernité vue par Digischool

Polémiquons donc, puisqu’on nous y invite. L’article présente les résultats d’une enquête maison. Le principe, interroger les hommes ingénieurs - en poste et en formation - au sujet de la présence des femmes dans leur milieu professionnel n’est pas inintéressante, loin de là. Mais les questions du sondage sont navrantes, et les réponses proposées encore plus.

L’auteur commence par nous annoncer d’un ton enjoué que les résultats de cette enquête « vont à l’encontre des idées reçues : les hommes sont loin d’afficher des positionnements machistes à propos des femmes ingénieures ». Sympa pour les hommes : a priori, les gars, on vous prend pour des gros lourds rétrogrades. Regardons les résultats de plus près. Seulement 66% des répondants considèrent que « les études d’ingénieur sont adaptées pour les femmes ». Et le tiers restant ? Ils pensent que leurs camarades de promo féminines vont abandonner leur cursus avant le diplôme d’ingénieur ? Ou qu’une fois le diplôme en poche, elles deviendront gardienne d’immeuble, mère au foyer ou prostituée (je n’ai rien contre aucune de ces occupations, elles me paraissent juste renvoyer à quelques clichés) ? Personnellement, je ne trouve pas ce résultat si encourageant que ça. Et puis, ce n’est pas très informatif : pour le tiers qui répond non, où est le hic? Les écoles devraient-elles évoluer ? ou les entreprises ? ou les femmes ? ou alors, le rôle de la femme est-il de s’occuper du ménage ?

Plus loin, cela se gâte encore. On demande à ces messieurs « quelles branches de l’ingénierie sont le plus (ou le moins) faites pour les femmes ». Malheureusement, la réponse « ce n’est pas avec des testicules qu’on fabrique les avions / les ponts / les ordinateurs » n’existe pas. Dans les réponses, le domaine le plus adapté aux femmes n’est ni la chimie (qui arrive tout de même deuxième), ni le commerce, ni l’environnement, encore moins la mécanique, l’aéronautique, l’informatique ou l’électronique (toutes les quatre créditées d’un ou deux malheureux %). Non non, le domaine de l’ingénierie le plus adapté aux femmes, c’est « Autres ». Il semble malheureusement que les sondeurs ont oublié la case « si Autres précisez ». Ce qui fait qu’on ne sait pas si les hommes sondés pensent, comme les gros lourds que l’auteur attend qu’ils soient, que les bonnes femmes ne sont bonnes qu’à bosser dans les cosmétiques, ou à la rigueur l’agroalimentaire. Ou si en choisissant « Autres », ils ont en fait massivement voté « ce n’est pas avec des testicules qu’on fabrique les avions / les ponts / les ordinateurs ». En bonne optimiste, je choisis de croire à la deuxième hypothèse.


Si cela vous met en appétit, il y a tout un dossier sur les ingénieures sur le site de Digischool. Devinez sur quelle icône il faut cliquer pour accéder à l’infographie « Les femmes ingénieures en chiffres » ? … et oui, ils ont osé : le talon aiguille sur fond rose ! Ca vous rappelle le rouge à lèvres de l’Union Européenne ? Ben oui, it’s a girl thing !

Comme j’entends d’ici les esprits chagrins qui m’accuseront de crier à la théorie du complot, je vous rassure vite vite : je ne crois pas que l'auteure de l'article ait pour but de faire reculer les esprits. Il y a même fort à parier qu'elle a voulu écrire un article féministe. Si son projet a totalement avorté, c'est sans doute plutôt par maladresse. Le choix de la formule : "ce qu'en pense les hommes" sous-entend un peu que les hommes risquent fort de s'opposer à la présence de femmes ingénieures. Globalement, les phrases sont formulées comme si on parlait de licornes et non de femmes qui existent pour de vrai. Et surtout, le sondage qui cherche soi-disant à déconstruire des clichés ne propose que des réponses clichés. N'est pas sociologue qui veut. Il y a des chercheurs qui étudient les relations hommes-femmes au travail, avec une méthodologie rigoureuse, qui construisent des questionnaires soignés et les analysent minutieusement. Pourquoi ne pas interroger ces experts plutôt que de bâcler un sondage et présenter des chiffres insensés et des interprétations douteuses ? Je ne dis pas du tout que le débat devrait être réservé aux bac+8, simplement qu'on oublie souvent de réfléchir avant d'écrire, et qu'en publiant des chiffres et des discours sans queue ni tête, on contribue à la propagation d'idées fausses et de stéréotypes : les qualités spécifiques des femmes, leur tendance à l'autocensure ... Lutter contre ces deux phénomènes demande un minimum de concentration et de temps. L'auteure est toute jeune, espérons qu'elle évoluera dans ce sens.

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Rédigé par Algue

Publié dans #féminisme, #media, #ingénieur, #égalité