Economie et écologie des prisons

Publié le 28 Août 2016

Photographie de Sébastien Van Malleghem

Au début de l'été, des chercheurs anglais ont publié une étude visant à évaluer l'empreinte carbone des crimes commis en Angleterre et au Pays de Galles.

D'après eux, les politiques judiciaires se basent sur une estimation du coût économique et social de la criminalité, sans tenir compte de son impact écologique. Que faudrait-il changer si l'on voulait également tenir compte des conséquences sur l'environnement ?

Pour calculer l'empreinte carbone d'un crime, il ont additionné les conséquences directes (quand une voiture a été volée, il faut la remplacer, on connaît donc le coût écologique de la fabrication de la nouvelle voiture) avec le coût attribué au fonctionnement de l'institution judiciaire. Ainsi, le crime ayant le plus grand impact sur l'environnement - de très loin, comme le montre la figure ci-dessous - est l'homicide, puisqu'il implique que le coupable passe ensuite de nombreuses années en prison. Ce que je n'ai pas bien compris, c'est si ce graphique mesure simplement l'empreinte carbone de la prison, ou le surcoût par rapport à l'empreinte carbone qu'aurait eue le coupable en continuant à vivre en liberté.

Empreinte carbone en tonnes d'équivalent CO2, classée par type de crimes.

Empreinte carbone en tonnes d'équivalent CO2, classée par type de crimes.

Les homicides étant heureusement rares, ce sont en fait les cambriolages qui pèsent le plus lourd dans le bilan carbone des crimes outre-Manche, en raison du grand nombre de biens à remplacer - même si les auteurs remarquent qu'il est difficile de savoir si les victimes n'auraient pas continué à dépenser et consommer même en l'absence du cambriolage.

D'après eux, il serait donc judicieux d'investir dans des politiques de prévention ciblant spécifiquement les cambriolages. En ce qui concerne les homicides, ils déclarent que la sévérité de la peine ne doit pas être infléchie par des considérations écologiques, mais suggèrent qu'il est certainement possible d'améliorer, à durée de peine constante, le bilan carbone des prisons.

Shane Bauer, journaliste à Mother Jones, s'est justement intéressé à étudier de l'intérieur le fonctionnement d'une prison. Pour cela, il s'est engagé comme surveillant pénitentiaire dans un établissement privé de Louisiane. A lire le terrible (mais passionnant) récit de ses quatre mois d'infiltration, on se dit qu'il y a bien plus à travailler que le bilan carbone. En raison du manque de personnel, les détenus passent souvent des journées entières dans leur cellule sans pouvoir mettre un pied dans la cour ; les cours sont sans cesse annulés ; certains détenus n'ont droit qu'à un repas par jour ; d'autres ont dû être amputés faute d'avoir reçu les soins appropriés à temps ... Ce témoignage serait tout à fait désespérant s'il n'avait pas été suivi d'action. Mais suite au reportage de Shane Bauer, les autorités ont exigé des efforts de l'entreprise qui gérait la prison : plus d'activités, de temps de récréation, une meilleure formation des gardiens. L'entreprise, jugeant cela trop coûteux, a jeté l'éponge et mis fin prématurément au contrat qui la liait à l'état de Louisiane. Reste à savoir si les remplaçants seront à la hauteur. On peut en tous cas espérer qu'ils seront suivis de plus près.

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